Tout ça pour ça…

C’est l’impression globale qui ressort du déploiement, ces derniers temps, de deux couleurs vives dans les rues et les cerveaux des Camerounais. Oui, ces derniers temps, deux opérateurs de téléphonie mobile cheminent en parallèle.

L’un d’eux s’est donné 13 semaines pour transformer ses abonnés. L’autre travaille à offrir aux siens un grand air de fête qui les fera sourire en cette fin d’année. A travers des images qui mêlent insolence, indiscrétion et bonne humeur, ces opérateurs arrachent le passant de ses préoccupations quotidiennes et le transportent dans un monde de rêve. Avec eux, une vague de pub, aussi brillante dans le concept qu’agressive dans l’expression est en train d’assommer les citoyens.


Voilà qui fait pressentir que ces deux opérateurs convergent vers un même objectif, même si rien ne le laissait présager au départ. En tout cas, le chassé-croisé est appréciable. Slogans racoleurs, effets de mode, matraquage permanent à l’aide de spots vides de sens et rediffusés à l’envi…Tout est mis en œuvre. Cette dimension plastique de l’expression publicitaire est encore plus forte dans le cas des messages télévisés, qui sont composés d’une multiplicité de schémas narratifs possibles à partir des mêmes plans et sons utilisés. A bien des égards, l’ensemble traduit toute la démesure de multinationales confrontées à l’explosion de leurs chiffres respectifs, dans un contexte de pauvreté matérielle et intellectuelle. En mobilisant des arguments tels que la «liberté de choix» et la «liberté d’expression» auprès d’un public qui apprécie davantage l’image et qui voit dans les gadgets proposés les meilleurs porte-parole de la «sincérité» des opérateurs de téléphonie mobile, ces derniers sont parvenus, d’une part, à empêcher leurs abonnés de reconnaître facilement les messages inacceptables et, d’autre part, à asseoir leurs campagnes publicitaires et à augmenter leur efficacité.
De ce point de vue, et malgré les sourires que provoque l’emphase naïve et désuète de ces publicités, il n’est pas sûr que les millions de consommateurs y gagnent vraiment.

Car, au vrai, comme des charlatans, ces opérateurs savent admirablement négocier le tournant de la consommation et de la communication de masse. Ce qu’ils mettent en accès le plus immédiat du grand public est totalement biaisé, faussé, voire purement mensonger. Les exemples abondent, puisés dans les campagnes antérieures pilotées par les mêmes opérateurs et docilement relayées par des médias locaux qui ne se posent aucune question, mais qui se prêtent avec entrain à un processus d’appauvrissement des citoyens. Or, les pratiques actuelles en matière d’amélioration de la qualité du service demeurent exécrables. Les niveaux de satisfaction des citoyens sont toujours jetés aux oubliettes. Dans une espèce de gazouillis installé entre amusement, consternation et droit, on ne sait pas toujours qui tient le manche des décisions, et dans quel calendrier raisonnable. Et le déplorer n’est pas une plainte mais bien le signal que le mal est profond. C’est une réalité que nul ne peut nier et que les opérateurs de téléphonie mobile tardent à traiter comme une problématique sérieuse en se donnant des moyens massifs pour la régler. Et là, on est en droit de craindre qu’entre les excuses (sincères ou d’usage) souvent présentées et les postures grandiloquentes de leurs campagnes publicitaires, c’est bien du charlatanisme qu’il s’agit.

Jean-René Meva’a Amougou

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