Puits aménagés et forages: le casse-tête de la maintenance

Parce qu’exposés à la surexploitation, ces ouvrages de collecte d’eau potable n’en finissent pas de puiser dans les économies des propriétaires.

«J’ai dépensé 4 000 000 FCFA pour la construction de mon forage en 2019, je savais que je n’aurais pas de problème d’eau. Aujourd’hui, je me retrouve en train de dépenser au minimum 50 000 FCFA lorsqu’il tombe en panne. En une année, il est dépanné au moins 5 fois». Le propos vient d’un colonel de gendarmerie à la retraite. A Assock (Mefou-et-Afamba) où nous échangeons avec lui, l’ancien pandore fait mesurer la déconvenue qui est la sienne. «Après avoir donné accès à toute personne en manque d’eau dans cette hameau, la facture de la maintenance de l’ouvrage s’épaissit au fur et à mesure que le dispositif de captage d’eau vieillit. Et pour les remplacer, il faut solliciter les services d’une équipe spécialisée et tout cela a un coût. Parce que, lorsque survient une panne, le processus indiqué consiste à avertir puis recevoir le mécanicien qui diagnostique la panne. Il dispose d’un tableau récapitulant les pièces de la pompe avec leur prix. Il se fait payer pour leur achat et pour sa prestation», explique notre interlocuteur.


Expertise
Constructeur forages, Jean Ngué dévoile sa science: «Pour assurer une bonne maintenance, il est très important de connaître l’historique de la construction et de l’exploitation du puits. Si vous ne faites rien contre la panne, les extensions du problème sont multiples», dit-il. «L’absence d’entretien et de réparation d’un puits peut conduire à la diminution voire à l’arrêt du pompage ou du puisage de l’eau en raison de pannes de fonctionnement. Elle est aussi la cause de la dégradation de la qualité de l’eau et donc celle de maladies. De tels dysfonctionnements conduisent malheureusement à l’abandon d’un nombre très important», souligne Jean Ngué.
Au-delà, il dit être soumis aux extrêmes difficultés à se faire payer les pièces de rechange. «Je suis parfois contraint à faire preuve d’inventivité pour repousser le plus possible les échéances des dépenses lourdes. Je soude. Je colle et je remploie toute sorte de matériaux mais ce sont à chaque fois des pis-aller», confie-t-il. N’étant pas salarié, Jean Ngué doit donc faire supporter ses coûts de transport aux villageois. Enfin, lorsque les villageois acceptent une dépense lourde qui nécessite l’achat d’une pièce détachée, ceux-ci doivent assurer en plus du prix de la pièce, les frais de transport jusqu’au lieu de vente.
De son avis, les taches de maintenance exigent différents niveaux de compétences selon la difficulté de l’intervention. «Certaines tâches peuvent être assurées par les usagers du puits comme le maintien de la propreté des abords et le nettoyage du puits. D’autres taches comme l’entretien des équipements et certaines analyses simples de la qualité de nécessitent une formation préalable et des outillages ou appareils particuliers. Les interventions concernant la structure du puits (maçonnerie du cuvelage par exemple) demandent l’intervention d’entreprises spécialisées. En règle générale, le coût de maintenance d’un puits varie selon le type du puits et son environnement. Il est donc difficile de donner une estimation précise. Certaines études ont néanmoins permis de donner un ordre de grandeur réaliste par rapport au coût de construction d’un puits. On estime le coût annuel de la maintenance d’un puits entre 2,5 et 5% du coût total de sa construction».


Solution
Pour Jean Ngué, «il est préférable que les usagers créent un comité de gestion du puits pour prendre en charge la maintenance et l’entretien du puits. Il est aussi souhaitable de percevoir des droits d’utilisation du puits auprès des habitants pour financer les frais de maintenance et d’exploitation du puits».

André Gromyko Balla

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