À Yaoundé le 3 juin dernier, les acteurs et autres ont plaidé pour son insertion dans divers secteurs, notamment celui de l’entrepreneuriat.
«La bataille du développement dans l’ordre mondial se joue davantage sur le terrain de la science, du savoir et des technologies en somme de la propriété intellectuelle». Prononcés ce 3 juin 2024, ces mots sont de Denis Bohoussou. Le directeur général de l’Organisation africaine de la propriété intellectuelle (OAPI) s’exprime au cours d’une conférence-débat, placée sous le thème «l’intégration de la propriété intellectuelle dans les stratégies de développement». Aux premières loges, Daren Tang, directeur général de l’Organisation mondiale de la propriété intellectuelle, en séjour au Cameroun. À ses côtés, quelques membres du gouvernement ainsi que le directeur général de l’OAPI, par ailleurs modérateur. Objectif, échanger avec les pays africains sur l’usage de la propriété intellectuelle dans le développement du continent.
Selon le patron de l’OMPI, «dans la plupart des pays, ce sont les PME qui portent l’économie, à près de 90%. C’est le cas au Cameroun et même ailleurs. Et la plupart de ces PME ne comprennent pas comment la propriété intellectuelle peut faire partie de leurs activités». En réalité, apprend-on, la propriété intellectuelle est encore perçue comme un privilège réservé uniquement aux grandes entreprises ou à un certain type de secteurs d’activités et produits. Pourtant, «il n’est pas toujours nécessaire de breveter un produit ou un service, mais il faudrait par contre avoir une marque. Par exemple, on pourrait vendre le Ndolé en Tunisie, à Paris et ailleurs, et si on ne protège pas sa marque, il y a péril», explique le directeur général de l’OMPI.
Selon IP Africa, cabinet conseil en propriété intellectuelle au Maroc, «la propriété intellectuelle peut jouer un rôle clé dans la réduction de la pauvreté, la création d’emplois et la croissance économique en Afrique. En protégeant les innovations et les créations, les entrepreneurs africains peuvent se différencier de la concurrence et valoriser leurs actifs. Cela peut également encourager les investissements étrangers et favoriser le transfert de technologie». Par ailleurs, «en investissant dans l’éducation à la propriété intellectuelle et en sensibilisant le public, les gouvernements africains peuvent créer un environnement propice à l’innovation et à la création d’emplois.»
Au Cameroun, cela prend progressivement corps. Selon Achille Bassilekin III, elle est au cœur de l’entrepreneuriat et fait partie du programme national d’incubation implémenté par son département ministériel (ministère des petites et moyennes entreprises, de l’économie sociale et de l’artisanat). Mais cela n’est pas suffisant pour amorcer le développement de l’Afrique. «Je pense très sincèrement que nous avons besoin de démystifier la compréhension de la propriété intellectuelle à travers l’innovation auprès des jeunes. On devrait outiller les jeunes à tous les niveaux du parcours scolaire, leur faire comprendre que ce qu’ils apprennent à l’école devrait leur permettre de résoudre des problèmes et les encourager dans l’innovation. L’innovation n’est pas seulement la fabrication des machines compliquées», explique Daren Tang. Dans cet environnement d’incompréhension, encourager les entrepreneurs à protéger leurs créations consiste davantage à leur offrir un accompagnement de façon permanente.
Joseph Julien Ondoua Owona
Dialogue direct entre le Cameroun, l’OAPI et l’OMPI
Le Cameroun vient de recevoir, pour la première fois, la visite d’un directeur général de l’Organisation mondiale de la Propriété intellectuelle (OMPI). Du 3 au 6 juin 2024, Daren Tang a séjourné en terre camerounaise. Selon Denis Bouhoussou, directeur général de l’Organisation africaine de la propriété intellectuelle (OAPI), cette visite «rentre dans le cadre d’une initiative que l’OMPI a commencé depuis quelques années. Il s’agit de maintenir un dialogue direct entre l’organisation mondiale et les responsables de la Propriété intellectuelle des États membres». Objectif, échanger avec les pays membres de l’OAPI sur les évolutions de la propriété intellectuelle, et œuvrer pour une approche cohérente plus efficaces au déploiement de l’assistance technique de l’OMPI ; promouvoir la coopération et le dialogue entre les États membres dans un esprit de partage des meilleures pratiques et expériences en matière d’administration et de gestion des droits de propriété intellectuelle. C’est ce qui explique la tenue de la première conférence entre le directeur général de l’OMPI et l’OAPI le 3 juin dernier.
Outre ces échanges, la venue de Daren Tang pour la première fois dans un pays de l’Afrique centrale a aussi permis de revisiter la coopération avec le Cameroun et l’OAPI. De ces différents échanges, il ressort que la propriété intellectuelle ne se limite plus aux simples brevets, ni à un certain nombre de secteurs d’activités encore moins à des entreprises d’un certain calibre. C’est tout le contraire. Entre levier de croissance et arme de lutte contre la contrefaçon, la propriété intellectuelle a un nouveau visage.
Joseph Julien Ondoua Owona
Zlecaf : Éviter le cheval de Troie
Du fait des enjeux qu’elle représente, la Zone de libre-échange continentale africaine est en passe de devenir le terrain de plusieurs dérives. D’où l’urgence de protéger les productions.
Selon le ministre du Commerce du Cameroun, «la Zone de libre-échange continentale africaine réunit les 55 États membres de l’Union africaine. Soit un total d’une population de 1, 3 milliards de consommateurs. Ce qui fait de l’Afrique le deuxième ou le troisième espace commercial au monde, après la chine avec 1,4 milliards de consommateurs. Les statistiques nous font savoir qu’en 2050, c’est-à-dire dans 26 ans, l’Afrique va représenter 2,5 milliards de personnes. Cela veut dire que nous sommes en devenir le marché le plus puissant au monde». Seulement, un si grand espace commercial pourrait faire l’objet de la convoitise des chantres de la contrefaçon et autres. «En libéralisant le marché, l’objectif était de promouvoir le développement par le commerce, c’est cela la base du libéralisme commercial. Malheureusement, on assiste depuis des années à des dérives qui ne consistent plus à promouvoir le développement, mais à promouvoir le commerce, notamment avec les zones de commerce illicite qui se sont développées», déplore Luc Magloire Mbarga Atangana. Il est donc urgent de trouver des mécanismes de protection du marché commun.
Pour éviter que cet espace devienne un vaste «cheval de Troie», il faut tout d’abord sensibiliser les producteurs afin qu’ils protègent leurs productions. Ce n’est pas tout. Il est également nécessaire d’appliquer le principe des règles d’origines qui exige de «produire pour l’Afrique et consommer africain». Dans le même sens Luc Magloire Mbarga Atangana suggère de mettre fin le plus rapidement possible aux «navires usines». Et il en donne la raison. «Quelqu’un peut venir de n’importe où avec son navire et l’installer au bord d’un pays africain pour commencer à fabriquer des produits à l’intérieur. On dira que c’est des produits made in Africa. Sauf que lesdits produits ne sont pas fait par des africains. Est-ce que les ingrédients proviennent d’Afrique? Où est l’intérêt de la propriété intellectuelle?», s’interroge le collaborateur de Paul Biya.
Loi
Pour lui la contrefaçon et la propriété intellectuelle sont liées, dans la mesure où l’absence de protection de la production encourage la créativité des faussaires. C’est pourquoi, ajoute le Mincommerce, chaque pays doit mettre sur pied un dispositif légal. En ce qui concerne le Cameroun, le parlement a voté une loi promulguée par le chef de l’État c’est la loi du 21 décembre 2015 qui régit l’activité commerciale au Cameroun et 32 articles sur 105 sont consacrés à la protection du commerce et aux sanctions. Tout comme le «pays-continent», ajoute l’orateur, plusieurs autres prennent cela à bras le corps. C’est ce qui justifie de la signature en février 2023 par «nos chefs d’État» d’un protocole sur les droits de la propriété intellectuelle, en vue de «promouvoir les innovations et les savoir-faire locaux, la technologie locale, question de donner de la valeur ajoutée à nos industries», explique Luc Magloire Mbarga Atangana. Une démarche qui, selon Fuh Calistus, fera de l’Afrique une super puissance dans les années à venir.
JJOO
