Production, distribution et commercialisation de l’électricité : Eneo-Cameroon revendique 400 milliards FCFA d’investissements en 10 ans

Entre 2014 et 2024, l’entreprise a engagé d’importants deniers dans un contexte financier très difficile.

Le directeur général d’Eneo-Cameroon face à la presse

En échangeant avec eux ce 7 mars 2025 à Yaoundé, Amine Homman Ludiye sait les journalistes d’humeur taquine. Selon le directeur général de Energy of Cameroon (Eneo-Cameroon), les hommes et femmes de médias sont «toujours prêts à s’emparer d’une déclaration fracassante ou stupide». «Alors, avise-t-il, nous sommes ici pour parler de trois choses: d’abord les investissements d’Eneo-Cameroon depuis 2014 à ce jour; ensuite la situation financière de l’entreprise; et enfin les défis majeurs et les enjeux de 2025».


Du lourd
«En dépit de la crise structurelle de trésorerie que connait le secteur de l’électricité, Eneo-Cameroon a investi un montant global de 400 milliards sur ces 10 dernières années. Ces opérations ont connu une accélération à partir de 2020», précise Amine Homman Ludiye. En guise d’éléments justificatifs, le manager renvoie les uns et les autres à quelques lignes du cahier de charges de l’entreprise. «Avec environ 58% des puissances installées au Cameroun, Eneo-Cameroon entretient, développe et exploite un parc de production de 1011, 5 MW dont 956,46 en gestion propre et 55 MW avec des partenaires placés sous sa licence. C’est un parc de 43 centrales dont les trois centrales hydroélectriques historiques du pays (Songloulou, Edéa et Lagdo), des centrales thermiques et des parcs solaires».


Voilà qui éclaire sur la trajectoire de la masse de capitaux citée par Eneo-Cameroon. Entre 2014 et 2024, l’entreprise a prioritairement injecté ses deniers dans trois domaines: la sécurisation et la modernisation des grands ouvrages hydroélectriques; le renouvellement des machines dans les centrales thermiques et l’introduction du solaire et autres énergies renouvelables. A ce jour, vante le directeur général d’Eneo-Cameroon, les résultats parlent d’eux-mêmes. «En 10 ans, nous pouvons nous féliciter d’avoir relevé le niveau de disponibilité de plus de 92% pour les grandes centrales (au-dessus des objectifs fixés par le gouvernement), d’avoir assuré la progression de la disponibilité des centrales thermiques, de la contribution forte au système pour l’amélioration de l’offre dans un contexte d’équilibre fragile de l’offre et la demande. Ces investissements en production ont un impact direct sur le développement industriel en sécurisant l’approvisionnement en électricité pour les industries, en réduisant les risques de coupures et en améliorant la fiabilité du réseau. La diversification du mix énergétique vers les énergies renouvelables contribue également à réduire les coûts de production à long terme», brandit Amine Homman Ludiye.
Faisant preuve d’une bonne maîtrise des dossiers, il se presse de fournir des détails. «Eneo-Cameroon a entrepris le remplacement des groupes dans les centrales thermiques afin d’améliorer leur efficacité. La centrale de Maroua a bénéficié d’une augmentation de capacité de 15 MW en 2023, avec une augmentation supplémentaire prévue de 8 MW en 2024.


Ce n’est pas tout. «Un accent particulier est mis sur le développement des énergies renouvelables, avec la construction de centrales solaires à Guider et Maroua (30 MW avec 20 MW de stockage par batterie) et l’hybridation des centrales thermiques isolées avec des parcs solaires. Un exemple concret est l’installation d’un parc solaire de 0,735 MW à Garoua Boulai en 2023».


Dans le cadre du programme d’amélioration des taux de disponibilité des centrales non reliées aux réseaux interconnectés et afin d’améliorer la continuité du service dans les localités qu’elles desservent, Eneo-Cameroon a réhabilité en 2023 et 2024 08 groupes dans les centrales thermiques de Bétaré Oya, Campo, Bertoua, Garoua Boulaï, Yokadouma, Lomié, Touboro.


De même, dans le cadre du projet de transition énergétique, le programme d’hybridation des centrales thermiques s’est poursuivi. Ainsi un parc solaire de 0,735 MW a été installé et mis en service par Eneo dans sa centrale isolée de Garoua Boulai en fin 2023. Ce qui fait de cette centrale de Garoua Boulai la 3ème centrale hybride (thermique et solaire) du pays, après celles de Djoum et de Lomié.


Depuis 2024, Eneo poursuit le projet d’hybridation en lançant le processus de sélection des partenaires techniques pour l’acquisition et l’installation des parcs solaires d’une capacité globale de 5,3 MW dans les centrales de Banyo, Yoko, Touboro, Ngaoundal, Yokadouma, Moloundou.
Des constructions de nouvelles centrales isolées, des renforcements de capacités et des extensions de réseaux permettent d’améliorer le service dans certaines localités du Nord-Ouest et du Sud-Ouest non reliées au réseau interconnecté. «N’eut été la crise de trésorerie que connait Eneo-Cameroon, plus de réalisations auraient pu être engagées pour plus de qualité de service», souligne Amine Homman Ludiye.


Défis majeurs et contraintes
Le directeur général d’Eneo-Cameroon est bien conscient que, face à une production d’électricité qui est malgré tout sur une pente ascendante, il faudrait aussi que la consommation reparte à la hausse. Pour cela, il réaffirme l’objectif de «faire un peu plus en matière de production, de distribution et de commercialisation de l’énergie électrique au Cameroun». En tendant le regard vers le long terme, Amine Homman Ludiye espère un horizon peuplé d’autres investissements. En abaissant les yeux sur le court terme, l’électricien national se voit les pieds pris dans un bourbier, et les poches vides. La situation renvoie à trois obstacles: des problèmes financiers, une dépendance aux combustibles fossiles et des retards dans les projets d’infrastructure. Explications du manager: «En tant qu’unique collecteur du secteur, Eneo-Cameroon est confrontée à des impayés importants de la part des entités publiques et autres gros consommateurs, ce qui affecte sa trésorerie, sa capacité à payer les autres acteurs et fournisseurs, ainsi que sa capacité à investir. Il y a la dépendance aux combustibles fossiles: Bien qu’Eneo-Cameroon ait investi dans les énergies renouvelables, elle reste dépendante des centrales thermiques, ce qui la rend vulnérable aux difficultés d’approvisionnement. Par ailleurs, le retard dans la mise en service de la centrale hydroélectrique de Nachtigal a contraint Eneo-Cameroon à augmenter sa consommation de combustible, aggravant ainsi le déséquilibre financier. Il y a également la situation d’insécurité et d’instabilité dans les régions du Nord-Ouest et du Sud-Ouest du Cameroun. Elle affecte nos opérations, notamment en ce qui concerne la maintenance des infrastructures et la distribution d’électricité».


Jean-René Meva’a Amougou

Eneo-Cameroon dévoile les noms des pires payeurs
Alucam, Camwater, les universités d’Etat et bien d’autres entités doivent d’énormes sommes d’argent à l’électricien.
Quelques instants plutôt, ce 7 mars 2025, Amine Homman Ludiye, le directeur général d’Eneo-Cameroon échangeait avec des journalistes dans une ambiance bon enfant. Et soudain, on le voit à la peine après avoir lancé: «Alucam, Camwater et quelques universités d’Etat… L’argent, beaucoup d’argent appartenant à Eneo-Cameroon dort chez ces gens». Si la Compagnie camerounaise de l’aluminium (Alucam) et la Cameroon Water Utilities Corporation (Camwater) sont clairement désignées, Amine Homman Ludiye permet juste de deviner le portrait-robot des universités d’Etat mauvais payeurs. Il pourrait s’agir des structures en difficulté financière, d’institutions mauvais payeurs professionnels, de simples créateurs de litiges, des gens qui sont des loups mais qui font l’agneau… «En tout cas, ce sont des gens qui, exprès ou pas, ne nous payent pas depuis des lustres et c’est une situation qui nous met en difficulté».
Dans le phrasé du directeur général d’Eneo-Cameroon, une réalité s’étale. Depuis l’engagement scellé le 5 octobre 2022 entre l’électricien, le ministère de l’Enseignement supérieur et les recteurs des 11 universités d’Etat que compte le pays, rien n’a été fait.
A ce jour, plusieurs entités publiques doivent de l’argent Eneo-Cameroon. En plus d’Alucam, Camwater et des universités d’Etat, la liste s’épaissit avec les hôpitaux généraux, Cicam… et autres clients basse tension. Dans ses livres comptables, le concessionnaire de la production, de la distribution et de la vente de l’énergie électrique au Cameroun fait état des créances de l’ordre de 400 milliards CFA.


Jean René Meva’a Amougou

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