Présidentielle 2025: Paul Biya réaffirme sa candidature

En surfant sur l’image positive des Lions indomptables, l’actuel locataire du palais de l’Unité veut s’assurer le soutien de la jeunesse.

Dans les coulisses avant le message du président Paul Biya à la jeunesse, ce 10 février 2025.

«M’adressant à vous l’année dernière, dans les mêmes circonstances, peu de temps après notre difficile campagne, lors de la Coupe d’Afrique des Nations en Côte d’Ivoire, je vous assurais que nous allions renouer avec la victoire. Notre brillante qualification pour la prochaine Coupe d’Afrique des Nations, qui se déroulera au Maroc, illustre bien ce que notre jeunesse, qui ne manque pas de talent et de courage, est capable d’accomplir, avec de la discipline et des efforts acharnés.Il est allé très vite. Comme un fauve qui a minutieusement ciblé sa proie, Paul Biya s’est engagé à toute vitesse pour se féliciter de la qualification des Lions indomptables à la coupe d’Afrique des nations de football Maroc 2025.

Connu pour sa capacité à créer un contexte favorable à sa personne, le chef de l’État a profité de la performance de l’équipe nationale de football du Cameroun pour rappeler à ses jeunes compatriotes que le résultat savouré aujourd’hui avait été annoncé à l’avance par lui-même. Certainement, pour l’actuel locataire du palais de l’Unité, cela augure d’une brillante perspective, «si la concorde, la solidarité et l’esprit d’équipe règnent au sein et autour» des Lions indomptables. «Cet entrecroisement est symptomatique. On est frappé par ce brouillage de repères», signale Maxwell Étamé Ndedi. Proche du Mouvement pour la Renaissance du Cameroun (MRC), l’universitaire et avocat estime que «le rapport que Paul Biya entretient avec la qualification des Lions indomptables pour la CAN 2025 émane d’une production langagière traduisible selon le contexte sociopolitique du pays». «Cela s’appelle fabriquer des liens parmi des actualités, dans une stratégie individuelle d’appropriation de l’espace politique», explique-t-il encore.


«Qu’importe les critiques», Paul Biya jure face à ses jeunes compatriotes: «Je vous tiendrai toujours le langage de la vérité». «Et cette vérité, c’est la politisation du football au sens où elle est susceptible de provoquer des effets de réalité sensibles et d’entraîner une évolution des configurations politiques», postule Solomon Ndeh. Pour ce militant du Social Democratic Front (SDF), «la parole de Paul Biya, saisie à partir de n’importe quel bout, charrie un et un seul sens: la construction d’un entrelac qui lui offre la possibilité de tacler ses adversaires à travers un répertoire audible au niveau de la jeunesse pour qui le football est une passion». Ce qui est dit ici fait référence à un segment du message du chef de l’État à la jeunesse le 10 février dernier. «Je vous demande […] de ne pas prêter l’oreille aux sirènes du chaos que font retentir certains irresponsables, a-t-il enchaîné. Ne les laissez pas se servir de vous pour assouvir leurs desseins pernicieux, à savoir créer le désordre dans notre cher et beau pays. Ne vous laissez pas non plus endormir par les promesses fallacieuses et pour la plupart irréalisables qu’ils essayent de vous vendre».


De là, il serait tentant d’acter que la dernière sortie de Paul Biya s’est articulée autour d’une idée phare, habilement dissimulée: sa réélection à la tête du pays. «Cela n’est pas une fausse piste. Tant les éléments de langage mobilisés le disent en exclusivité», postule Nelly Nsom Hen, analyste politique. À l’en croire, à la veille de chaque élection présidentielle, Paul Biya s’est toujours servi de l’élément Lions indomptables. «Nanti d’une certaine expérience opérationnelle, il n’a jamais hésité à invoquer ce totem qu’il s’est approprié lorsqu’il s’agit d’élection présidentielle», constate Nelly Nsom Hen. «Cela n’est pas secondaire pour son image d’Homme-Lion adoptée depuis 1992», appuie Solomon Ndeh, autre analyste politique. Et aux jeunes qui veulent savoir quelle est la feuille de route de «l’Homme-Lion», celui-ci a sa réponse: «Je continuerai d’être à vos côtés pour réaliser les défis auxquels vous êtes confrontés».

Jean René Meva’a Amougou

Le Renouveau a l’épreuve des contestations populaires dans le nord du Cameroun

Alors que le discours de Paul Biya ce 10 février à l’attention de la jeunesse camerounaise a ravivé le débat sur l’entrée en campagne du RDPC dans le cadre d’échéances électorales à venir, l’exposé du Président de la République a également laissé sur le carreau des jeunes hommes et femmes attentistes qui souhaitaient voir en cette déclaration une preuve que l’Homme du Renouveau accorde bien une attention particulière aux remous sociaux qui minent le Septentrion en ces temps.


De l’annonce de la grève des docteurs des régions septentrionales recalés lors du récent recrutement des docteurs dans les universités camerounaises à la contestation populaire menée par les populations autochtones du Mayo-Kani contre la création d’un parc zoologique sur leurs terres en passant par les récentes grèves des employés de la SOSUCAM dont un grand nombre est représenté par des ressortissants du Nord, Paul Biya est bien passé loin des attentes. «Nous attendions qu’il calme le jeu. Nous attendions qu’il prononce dans son discours des mots à notre encontre afin de calmer le jeu. Mais là, il nous démontre qu’il prend fait et cause pour ses collaborateurs. C’est une façon de nous faire savoir que nous devons accepter ces résultats teintés de favoritisme et d’injustice. Ce que nous décrions l’intéresse peu, ce n’est que sa future réélection qui l’intéresse», soutient Abdoul Aziz, docteur en droit non retenu.
Et pourtant, le plus beau fleuron du Renouveau est sans aucun doute la réforme universitaire. Paul Biya, parfaitement conscient du fait que la structure universitaire est devenue trop lourde, a signé le décret n°93/026 du 19 janvier 1993 portant création d’universités. Une réforme qui a favorisé l’éclatement de l’Université de Yaoundé en six autres universités. D’autres universités ont été créées par la suite dans les autres régions. Des milliers d’enseignants ont été recrutés ces cinq dernières années ne favorisant toujours pas le rétrécissement du vide abyssal qui existe entre l’offre et la demande.


Sur les différents fora dans les réseaux sociaux où des versions écrites de ce discours sont diffusées, les avis divergent. On peut lire d’une part les sceptiques écrire: «le chef d’orchestre bat déjà la mesure»; «un système pourri» et d’autre part les pro-régimes de soutenir que «le Kounkouma a tout dit»; «quel beau discours?».


Les adeptes de «l’opposition vivante» (une expression utilisée par des militants de l’Alliance pour la Démocratie et le Développement (ADD) de Garga Haman Adji pour distinguer leur mouvement partisan des autres organisations partisanes de l’opposition) soutiennent, mordicus, que le pouvoir ne peut plus rien proposer au camerounais. «Biya, nous sert tout le temps du réchauffé. Ce type continue de se moquer de nous. Donc, il persiste avec ses histoires d’auto-emploi là? Quelle politique gouvernementale concrète voit-on sur le terrain susceptible de nous encourager à risquer dans ces domaines? Je crois qu’il y’en a pas. Les postes juteux de la fonction publique sont réservés à ses acolytes et leurs rejetons. Pour nous, c’est la vente à la sauvette et l’agriculture au désert puisque toutes les terres fertiles appartiennent à ses hommes. Dans la rue, dès lors que ta petite affaire commence à payer ton taxi, les impôts sont là pour t’importuner», soutient Hassan, vendeur de chaussures au Marché Artisanat de Maroua.


Tout jeune homme jouissant d’une bonne santé et ayant reçu une éducation scolaire doit normalement être un pilier de sa famille. L’emploi constitue la voie royale pour le bonheur humain grâce auquel l’on peut s’occuper, s’accomplir et s’autogérer. Or la situation d’emploi au Cameroun reste un véritable casse-tête, le chômage en étant le corollaire. C’est une réalité. Donner du travail à un jeune veut dire qu’il cesse d’être un spectateur en retrait, un être marginalisé. D’où sa présence constatée dans l’antichambre de la relève.


Dr TOM

L’offensive discursive constatée dans l’adresse de Paul Biya a la jeunesse camerounaise
Dans son adresse à la jeunesse camerounaise ce 10 février, Paul Biya va en guerre contre l’opposition. «Cette année se tiendront dans notre pays d’importantes échéances électorales (…). Il vous appartiendra le moment venu de faire votre choix. (…) je vous demande de ne pas suivre les sirènes du chaos que font retentir certains. (…) ne vous laissez pas non plus prendre par les promesses fallacieuses et pour la plupart irréalisables qu’ils essaient de vous vendre» soutient-il. Par ce discours, il s’inscrit proprement dans la dynamique de ce qu’on qualifie en communication politique d’argumentation d’attaque. Un vrai exposé pré-électoral dont la principale caractéristique est de nature polémique. Elle se distingue de la plupart des autres formes de communication publique, plus consensuelles, par le fait qu’elle constitue un lieu d’affrontement où le Chef de l’Etat cherche non seulement à démontrer sa valeur propre, mais aussi à discréditer ses adversaires.


D’entrée de jeu, Paul Biya pose ses premières notes par l’évocation des Lions Indomptables, un sujet qui intéresse une grande majorité de camerounais et qui a défrayé la chronique à partir des conflits qui ont opposé le Minsep et la Fécafoot dans la gestion du football camerounais. Il faut reconnaitre que le football camerounais est devenu un instrument de cantonnement de l’électorat. Il est devenu un moyen très important de rapprochement et de rassemblement des peuples de telle sorte que de nos jours, ces deux concepts constituent des instruments au service de l’Etat en ce qui concerne la consolidation de l’unité nationale. Et comme on le sait, le football et la politique concernent au premier chef la jeunesse en ce sens qu’ils nécessitent de fournir beaucoup d’énergie physique et morale.


Il faut admettre comme Charles Ateba Eyéné que: «le rôle des jeunes en politique, quoi qu’on dise est évident. Il est même déterminant. La démocratie ainsi que la définit la tradition américaine est «le gouvernement des gens intelligents, forts et dynamiques». Comme on le sait, ce sont là les qualités qui caractérisent au mieux la jeunesse et qu’aucun homme politique sérieux ne doit ignorer».


En raison de son dynamisme et de son innocence, la jeunesse constitue le rêve qui doit se traduire en réalité. C’est elle qui doit changer et transformer la société. Redoutée ou méprisée, tels doivent être ses défis. Paul Biya prévient que «l’année qui commence s’annonce pleine de défis, pour notre pays, pour notre peuple, pour notre jeunesse. Lors de mon récent message à la Nation, j’ai eu l’occasion de passer en revue les contraintes que nous avons à affronter dans notre marche vers le progrès. (…) Je vous ai également fait part, à la même occasion, des efforts méritoires consentis par les pouvoirs publics pour faire face à ces contraintes et œuvrer activement en vue d’une amélioration continue des conditions de vie de nos concitoyens, assise sur un développement vigoureux de notre économie et sur le nécessaire maintien de la paix et de la sécurité. Si l’écrasante majorité a apprécié la sincérité de mon propos, certains esprits chagrins ont cru devoir se focaliser sur le fait que telle ou telle chose n’ait pas été, ou pas encore pu être faite, faisant fi des contraintes réelles et vérifiables que j’ai évoquées». On le sent bien défendre son bilan en jetant un discrédit consubstantiel sur les critiques apportées par une frange de l’opposition sur les actions de son gouvernement.


Encore plus, il faudra que les échéances électorales à venir soit marquée par une participation accrue des jeunes pour ne pas donner l’impression que l’homme du Renouveau n’a fait que prêché dans un désert. Plusieurs fois décrié, la crise de participation électorale doit cesser d’être une réalité juvénile pour céder la place à l’action transformatrice. Tout jeune âgé de 20 ans doit vivement se sentir concerné par le vote grâce auquel il remplit ses devoirs citoyens et contribue à l’édification de la démocratie de son pays.


Dr TOM

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