L’institution renforce sa présence au sein de la Communauté économique et monétaire de l’Afrique sans toutefois réussir à en finir avec le problème de la célérité des projets.

Le directeur de la Banque africaine de développement (BAD) pour l’Afrique centrale est arrivé en fin de séjour. Le Dr Serge N’guessan a, de ce fait, souscrit au protocolaire devoir d’au revoir aux responsables d’administration du Cameroun, pays hôte du bureau Afrique centrale de l’institution. La rencontre avec le ministre Alamine Ousmane Mey, ministre de l’Economie, la Planification et de l’Aménagement du territoire, par ailleurs gouverneur de la BAD pour le Cameroun, a donné la mesure de la collaboration entre les deux parties ces quatre dernières années. Aussi, les mots ont pris tous leurs sens pour en poser le diagnostic. «Je voudrais remercier le ministre Alamine Ousmane Mey pour tout le soutien, la disponibilité, l’environnement favorable qui a été mis en place par le gouvernement pour permettre à la BAD, sous mon leadership, de réaliser de grands projets», déclare le représentant régional de l’institution au sortir d’une audience avec le Minepat vendredi. D’un avis partagé, les deux personnalités font l’éloge des avancées enregistrées. «Nous avons aujourd’hui un portefeuille de 1700 milliards de FCFA avec des décaissements annuels qui avoisinent les 150 milliards de FCFA. Cela est dû aux efforts énormes qui ont été fait par les équipes du ministre et ceux de la BAD sur le terrain. Nous avons réalisé de grands projets. Je citerai ceux qui nous sont chers. Ceux que nous avons commencé à mettre en œuvre déjà le projet du ring road. C’est le premier projet que j’ai signé à mon arrivée en 2021. Nous avons terminé en 2024 par l’approbation du projet de réhabilitation du corridor Douala-Ndjamena, particulièrement du tronçon Ngaoundéré-Garoua. Ce sont des projets qui vont permettre au Cameroun de continuer à être le poumon économique de l’Afrique centrale», souligne-t-il; rappelant la manière dont l’institution financière est en train de renforcer ses positions dans la sous-région. Elle a augmenté de 43% ses approbations de financements dans l’espace communautaire au 31 décembre 2023. Son portefeuille s’est par ailleurs établi à 9,2% sur la même période. Pourtant la sous-région reste parmi les plus petits bénéficiaires des interventions de la BAD avec seulement 6% des approbations et un portefeuille de 4131 millions d’UC; en deçà de l’Afrique de l’Est (29% des approbations et 26% du portefeuille) et de l’Ouest (28% d’engagement et 29,3% du portefeuille) selon des données de la Banque. La raison en est que «en 2023, la Banque a été sélective dans ses opérations en Afrique centrale», explique l’institution dans son rapport de l’année mentionnée.
Projets problématiques
56% des interventions de la BAD sont dirigés vers le Cameroun. Ce qui ne laisse que de faibles marges pour les autres Etats de la Communauté économique et monétaire de l’Afrique centrale (CEMAC). Pourtant l’impact des investissements de la BAD tardent à s’y faire voir tant des lourdeurs continuent de peser sur les projets. Dans une interview à la télévision nationale le 17 octobre dernier, en marge du soixantenaire de cette institution, Serge Marie N’guessan fait son listing. «Il y a des défis à savoir: celui de la capacité à exécuter les projets, la qualité de la dépense au Cameroun. Mais nous sommes confiants qu’avec la volonté ferme des autorités à régler ce problème-là, les grands projets structurants vont se faire de manière beaucoup plus appréciable. On veut passer des projets qui durent 7 ou 8 ans à des projets qu’on réalise en 4 voire 5 ans. Ce sont des projets importants pour les populations camerounaises donc, il faut accélérer la cadence», martelait-il alors.
Louise Nsana
