Au point de rencontre de ces deux fleuves, des pêcheurs doivent braver tous les dangers pour obtenir du poisson fort apprécié.
Sur le chemin du retour, Fabien est interpellé par Cécile, son épouse à l’entrée de leur quartier au lieudit Nnom-Nkil, au quartier Toutouli (Yaoundé 4). La femme s’arrête sur le site de fortune servant de marché du poisson d’eau douce. Cécile obtient deux chapelets de cette précieuse denrée alimentaire. C’est un mélange de carpe, tilapia, silure et kanga. Elle exige à son conjoint, Fabien, de payer la facture de 35.000 FCFA. Friand de poisson «bio», l’homme paie sans poser de questions.
Aline, restauratrice à Kodengui, a presque élu domicile sur les rives du lieu de croisement entre le Mfoundi et la Mefou. Ses «employés» rangent le poisson sortant de l’eau dans des glacières. Cette situation ne plaît pas aux populations. La raison est simple, selon André, habitant du coin. «Aline, achète à elle seule 20 à 30% des poissons pêchés. Alors que la demande est très forte», déclare-t-il.
Pour résoudre le problème, il interpelle Albert, son frère, pêcheur et par ailleurs, professeur des lycées d’enseignement général (PLEG). Les deux pêcheurs originaires d’Ayos font une démonstration de force, face à quelques riverains. «Vous êtes dans un village qui a de magnifiques cours d’eau et vous ne savez pas pêcher! Laissez-moi vendre le poisson que j’ai pêché de la manière que je veux», répond le PLEG à ceux qui disent vouloir qu’il vende son poisson en morceaux plutôt qu’entier. L’objet de la querelle est un gros silure de deux mètres de long remplissant un porte-tout à deux roues. La restauratrice propose de l’acheter à 70 000 FCFA. Les riverains souhaitent que le vertébré soit vendu en morceaux détachés.
Danger
Ce jeudi 4 juillet 2024, deux gendarmes suspendent momentanément leur service après avoir reçu appel des deux pêcheurs. Il est presque 11h. Au regard de la forte pression qu’ils subissent, quant à la commercialisation de leur poisson, le vendre aux «hommes en tenue» s’avère être la meilleure des choses à faire. «Je ne peux pas vendre ce poisson. Il a déjà été payé par les éléments de la brigade», répond-il à un homme d’affaires. Le monsieur est pourtant prêt à doubler la mise.
Et si les natifs de cette partie de la région du Centre ne sont pas, pour la plupart, de grands pêcheurs, c’est à cause des dangers qui planent dans ces eaux. Pour obtenir suffisamment de poissons, ce n’est guère évident. En plus des riverains qui coupent leurs filets pour leur voler du poisson, ils doivent faire face à des caïmans. Albert dit avoir frôlé le pire à deux reprises, lors des parties de pêche.
André Gromyko Balla
