Beaucoup y trouvent leur compte, malgré l’épuisement des muscles.

«Il n’y a pas de sot métier, il n’y a que des sottes gens». Cette maxime s’applique à Isidore. Le train de vie du «frappeur de parpaings» n’est pas différent de celui d’un fonctionnaire. Par son talent et son abnégation dans la production des parpaings, Isidore, comme une machine, utilise en moyenne dix sacs de ciment par jour. Ce qui lui permet de gagner 20.000 FCFA par jour de travail, soit 120.000 FCFA par semaine et 480.000 FCFA par mois. Cet argent lui garantit une vie décente. Ses enfants fréquentent un collège huppé de la capitale. Même si sa villa de 4 pièces n’est pas achevée, Isidore est content de ne pas être en location. «Avoir quatre enfants étudiant dans un collège confessionnel et habiter dans sa propre maison, ce n’est pas donné», se satisfait-il.
Pour aboutir à ce résultat, Isidore doit se réveiller tôt et se rendre à la fabrique qui sollicite son expertise. Les propriétaires de fabrique de parpaings se disputent ses services. Mais, il y a un détail important, il travaille sur rendez-vous. Une forte sollicitation inattendue. Le diplômé de l’enseignement supérieur a dû se faire violence pour mettre les mains dans le béton. Il a dû descendre de son «piédestal» en rangeant sa licence en sociologie dans les tiroirs, «après avoir raté plusieurs concours». «Et aujourd’hui, à 35 ans, je m’épanouie. Je suis même à six années de cotisations sociales à la CNPS», confesse-t- il.
Le parpaing, pierre d’angle d’une vie
Messi, ancien agent de maîtrise dans une scierie, devient fabricant de parpaings après son licenciement. Pour subvenir aux besoins de ses proches, ce chef de famille est obligé d’attraper le moule à parpaing. Très vite, il s’adapte et se retrouve avec de quoi garder son honneur. «Mon licenciement m’avait affaibli. Ma femme menaçait de partir si je ne ramenais pas de l’argent à la maison. Je me suis lancé dans la fabrique des parpaings parce que je n’avais pas de choix. Petit à petit, j’ai pris goût. Au début, j’utilisais 4 à 5 sacs de ciment par jour, aujourd’hui je suis déjà à mesure de frapper 8 parfois 11 sacs», dit-il. Grâce à ce nouvel emploi, Messi s’est acheté 300 m² de terrain à Nkoabang. Actuellement, il suit l’évolution de son dossier technique au service départemental du cadastre de Mfou. «Après la sortie de celui-ci, j’engagerai les constructions. Je veux avoir mes papiers pour ne pas me retrouver au tribunal de Mfou.
À Ngona, dans le 5e arrondissement de Yaoundé, Guillaume et Jean, sont des jumeaux orphelins. Ces derniers ont à peine la vingtaine, et n’ont personne sur qui compter. Pour ne pas intégrer la pègre, ils sont obligés de mettre à contribution leurs muscles dans la fabrique des parpaings. Ces deux machines à produire les parpaings et autres accessoires de construction se prennent en charge et comblent leurs besoins. Ils commencent à rêver grand. Ils songent déjà à avoir leurs propres fabriques. «En trois ans de travail dans les fabriques, nous connaissons déjà les rouages de ce métier. Nous pouvons déjà avoir notre fabrique», estiment les jumeaux.
André Gromyko Balla
