Qui était-il ? On pose la question comme on lancerait un ballon… Pour voir comment il rebondit et zut, ça fonctionne. Portrait.

Et ce jour, ça fonctionne autrement, en raison de cette annonce bombardée depuis la France: Pascal Baylon Owona est mort ce 5 février 2025 à Paris des suites de maladie. Il avait 84 ans. Dans ce difficile et douloureux travail de deuil, on se console: les morts ne meurent jamais tout à fait surtout s’ils avaient quelque importance sociale de leur vivant. «Tristesse. Nous pensons à lui très fort», écrit-il sobrement Pr Éric Mathias Owona Nguini dans un message posté sur facebook ce 6 février 2025. «Footballeur talentueux, Monsieur Owona Pascal a marqué son époque à travers des performances remarquables dans la mythique équipe de Tonnerre Kalara club de Yaoundé. Des prousses qui lui ouvrirent les portes de la sélection nationale seniors, les Lions indomptables au début des années 1970, avec laquelle il a écrit des pages historiques. Devenu président de la Fédération à la fin de sa carrière professionnelle et sportive, il s’est bâti au fil des annéesune solide réputation d’homme intègre et de conviction, porté par la passion pour le rayonnement du football camerounais. A la tête de la Fecafoot et en tant qu’administrateur chevronné, il a grandement contribué à moderniser la gestion du de l’administration de la Fédération», mentionne un communiqué rédigé par la fédération camerounaise de football le 5 février 2025.
Le foot…
Le parcours de Pascal Baylon Owona est ainsi fait. Tout en prétendant parler de l’homme, plusieurs récits l’ignorent et parlent en fait du football qu’il a pratiqué et servi pendant de nombreuses années. «Il a aimé le foot à sa façon. Surtout, il se reconnaissait en lui. Aussi n’a-t-il jamais ménagé ses efforts pour sortir le football camerounais des mauvais pas dans lesquels certains tempéraments impétueux l’ont fourré. Je garde de lui l’image d’un homme rigoureux, fier de lui, ami quand il le faut, et surtout très fraternel. Comme joueur, Pascal Baylon Owona était bien ce garçon qui n’avait pas son pareil pour mettre plusieurs adversaires chevronnés dans le vent. Ceux qui l’ont surnommé «Homme sec» ont été très inspirés, car il était un défenseur intraitable. Comme capitaine, tout était en lui pour bien gérer ses pairs sur le terrain, et plus tard, comme président de la Fédération», souligne Valentin Elono, l’un de ses amis. Celui-ci reste d’ailleurs impressionné par la dimension d’un personnage qui a réalisé les rêves qu’il portait. «En inscrivant dans ses programmes les devoirs envers Dieu, en admettant ainsi la notion divine dans sa vie quotidienne, Pascal Baylon a mis son talent au service de ses idéaux», dit-il.
Sur le sujet, Jean Paul Akono, son coéquipier pendant 4 ans en sélection nationale ne tarit pas d’éloge à l’endroit du disparu: «Quand il jouait, c’est à peine s’il transpirait. Il jouait sans la moindre brutalité. De toute sa carrière, il n’aimait pas la publicité et ne supportait pas que sa vie privée devînt publique, car taiseux dans l’âme. Malgré qu’il était très exposé comme défenseur central, je ne sais pas s’il avait écopé d’un seul carton rouge, tellement il était propre dans son jeu. Meneur d’homme, personne exemplaire, il était très généreux. Lors d’une réunion au ministère des Sports, consacrée aux anciens Lions, pendant la Can 2022 disputée au pays, bien que nous ayons eu la même enveloppe, il avait redistribué à chacun de nous ses 200 000 FCFA. En dehors des stades, il avait consacré sa vie à Dieu. Il aimait rappeler à tous ses proches que nous devons rendre grâce au Seigneur, en le louant continuellement».
A cette heure où des querelles de tous les formats poissent le football camerounais, où les décibels malveillants bâillonnent toute discussion et où l’incertitude garrotte tout horizon, Valentin Elono se souvient d’une phrase de Pascal Baylon Owona: «le football est un sport simple, rendu compliqué par les gens qui n’y connaissent rien». Les mots ne servent en effet pas simplement à décrire une réalité contemporaine, ils la construisent. Premier président élu de la Fécafoot (1990-1993), Pascal-Baylon Owona a posé les jalons d’une gestion moderne du football camerounais. Son mandat a marqué le début d’une nouvelle ère pour le football national, établissant des standards qui résonnent encore aujourd’hui. Joueur d’exception devenu administrateur émérite, Pascal-Baylon Owona incarnait la parfaite synthèse entre excellence sportive et compétence administrative. Il fût d’ailleurs le dernier Directeur de l’Office national des Sports. Lorsqu’il revient comme membre du Comité de normalisation de la Fécafoot en 2013, «Aujourd’hui, les dérives financières deviennent inhérentes au fonctionnement de la fédération. Elles font système avec lui. Il semble de plus en plus difficile de poursuivre ou de sanctionner, à due proportion, les coupables sans en venir à mettre en cause toute l’organisation. La dérive la plus bénigne – mais combien révélatrice – est le refus de la transparence financière de certains acteurs et amateurs occasionnels de football. Plus généralement, la multiplication des intervenants a affaibli la fécafoot; les nombreuses successions de comités de normalisation depuis au moins deux décennies ajoutant par ailleurs à ce constat. Aux changements exogènes exposés ici et pouvant désormais transformer les partenaires traditionnels de cette administration en rivaux, en raison de l’accroissement de leurs ressources et influence, s’additionnent en outre des changements internes. Dans cette configuration, la production de rhétoriques et pratiques défensives et le rappel constant des systèmes de référence antérieurs figurent au titre des stratégies visant à résister à la bonne gouvernance de notre football. L’ensemble de ces dynamiques appelle ainsi à poursuivre l’analyse Du vrai problème qui est le contrôle de l’argent», avait émis Pascal Baylon Owona dans un commentaire portant sur quelques actualités vivantes en provenance de la Fecafoot.
Une trajectoire secrète
Raconter la vie de Pascal Baylon Owona en constitue un tour de force qui a laissé déconfits des journalistes et des biographes qui s’y sont attelés. «Ils ont parfois survolé un aspect de son parcours: Il fait partie de la première cuvée des footballeurs revendiquant un cursus académique au-dessus de la moyenne et qui lui a permis d’occuper les prestigieuses fonctions de Directeur adjoint des impôts», relève l’ancien journaliste Abel Mbengue. Ce dernier se souvient d’un Pascal Baylon Owona martelant aux jeunes de Mimboman que « même si les stars du football comptent aujourd’hui parmi les salariés les mieux payés au monde et les personnalités médiatiques les plus en vue, l’éducation est bien plus importante que le football». Dans le même temps, et ceci explique sans doute en partie cela: «Pascal Baylon Owona, un homme capable de dire publiquement que, quand on est footballeur, l’école est un point qu’on engrange au cours d’un match à durée indéterminée». Rapidement résumé, boutade indique bien son choix pour une carrière au sein de l’administration fiscale camerounaise. Dès lors, on admet forcément que, pour l’ancien stoppeur des Lions indomptables, le statut de haut-commis de l’Etat n’était pas seulement un simple rouage déterminé extérieurement.
On peut maintenant voir où se situait la vision de Pascal Baylon Owona au sujet de lui-même d’une part, et de la communauté Mvog Fouda à laquelle il appartenait. «Président national de la Fraternité Mvog Fouda du Cameroun, il était une vraie source d’inspiration», signale Martin Abena Abena. Pour cette élite politique originaire de Ngoumou (Mefou-et-Akono), «Pascal Baylon Owona a passé toute sa vie à de remettre en cause les mutilations subjectives occasionnées par certains fils Mvog Fouda. Pour cela, il organisait des séances de réflexions nourries de soubassements anthropologiques et épistémologiques, pour montrer que tous les Mvog Fouda du Cameroun sont un et indivisibles. Il faut également mentionner qu’il insistait toujours sur la réconciliation entre les membres de chaque famille, la formation des réseaux de coopération, le réarmement moral de la jeunesse Mvog-Fouda, la différence entre espaces publics et privés, la confusion croissante entre le bien et le mal, la sacralité du couple ou encore le risque de destruction de l’ordre social par des ventes de terrains à la pelle».»Entre des personnes humaines, il y a des moments de rupture. Et puis suivent des moments de réconciliation. Comment, dès lors, parvenir à élucider les malentendus qui entravent la communication et bloquent toute possibilité de réconciliation ? Divers angles d’approche peuvent être adoptés à l’égard de ces pistes de recherche, encore largement en jachère. Pour nous les patriarches, nous pensons qu’il convient de se référer au concept de négociation dans son sens le plus traditionnel, et dans un sens relativement métaphorique. Dans son sens le plus traditionnel, le concept de négociation renvoie ici à des processus presque immanquablement distributifs. Car le niveau de méfiance entre protagonistes est maximal. Les émotions dites négatives sont extrêmes. Nous avons pensé qu’une combinaison de ces approches peut déclencher les processus permettant l’évolution progressive des Mvog-Fouda», nous confia-t-il le 16 février 2019 à Ngoumou, lors de la 14e édition de la fête des Mvog-Fouda.
Jean-René Meva’a Amougou
