Lové dans son train-train quotidien, cet espace vital pour le Cameroun et le Tchad se surprend à être sous les feux des projecteurs. Voici pourquoi.

Parc National de «Ma Mbed Mbed». Les dévots et fanatiques des diminutifs et sigles préfèrent «PN3M». «Là, rassurez-vous, nous ne sommes pas au bout du monde. Nous parlons bien d’un espace de plus de 12.000 hectares situés dans le département du Mayo-Kani, dans la région de l’Extrême-Nord du Cameroun. Cet espace est limité au sud par la frontière tchadienne et fait partie des arrondissements de Guidiguis et de Kaélé. Les populations ici sont majoritairement Tupuri, essentiellement éleveurs et agriculteurs», renseigne Bakaimo Dikrawa, une élite du coin. S’il y a bien endroits au Cameroun dont l’origine toponymique demeure mystérieuse, Ma Mbed Mbed peut, pour sa part, se targuer de ne pas avoir laissé aux oubliettes le sens de son nom de baptême. «En langue Toupouri, on parle de village d’incirconcis. En fait, il serait trop long de recenser toutes les interprétations tant elles sont nombreuses», rigole Bakaimo Dikrawa. Mais ne croyons pas un seul instant que cette explication tenant en trois mots s’accepte sans provoquer de houleux débats! En tout cas, malgré les polémiques étymologiques, on estime que le nom de Ma Mbed Mbed est en miroir de sa situation géographique intermédiaire entre les différents paysages du sahel. Et sur son histoire, la connaissance de que nous pouvons en avoir ne commence à se préciser que dans les années 1700. Autant dire une éternité pour un endroit qui, selon Dieudonné Zilbi (un proche de la chefferie locale), aurait vu sa création à l’époque d’Ousmane Dan Fodio.
Pour la survie des éléphants
Au début du mois de février dernier, la matérialisation du décret créant le Parc National de «Ma Mbed Mbed» a causé des manifestations qui ont fini par embraser l’espace socioculturel des communautés Tupuri du Mayo-Kani. Selon des sources officielles, la création de cet espace protégé répondait à la logique de la mise en place d’un nouveau corridor de migration de la faune, principalement les éléphants. Elle avait pour but canaliser au mieux la proximité entre les populations riveraines et les pachydermes dans cette zone. La survie des éléphants est bien l’intérêt qui est placé au centre de l’implémentation de cette politique publique. Le milieu de vie des éléphants a connu des périodes de troubles profonds cette dernière décennie. Une partie de leur espace de vie habituel s’est muée en champs de bataille du fait des incursions de Boko Haram. L’indisponibilité des ressources alimentaires et de l’eau participe également au nomadisme des animaux. L’accès à l’eau est vital, surtout pendant la saison sèche, ce qui pousse les animaux à se déplacer vers des sources d’eau éloignées de leur biotope habituel. La recherche des ressources alimentaires, notamment dans les zones agricoles, participe à l’exacerbation du conflit avec les hommes. La déforestation et le braconnage ne sont pas du reste, ce qui obligent ces animaux à se détourner de leurs trajectoires migratoires habituelles. «Les éléphants à l’Extrême-Nord du Cameroun sont essentiellement sauvages. Aucun villageois n’en a jamais domestiqué un seul. Espèce animale protégée, l’éléphant ne peut être ni chassé, ni être capturé. Les villageois éprouvent donc un sentiment d’abandon chaque fois qu’ils sont confrontés au phénomène d’envahissement de leurs cultures par ces pachydermes. Ce qui, rend les activités agricoles très risquées dans ces localités. Et cette situation incite certains villageois à envisager quitter leurs terres», soutient Amadou Karanga, agent technique des eaux et forêts en poste à Kaélé.
«Ce parc a été créé pour la lutte contre le changement climatique et pour l’insertion socioprofessionnelle. Ce sont des objectifs à saluer. Toutefois, ce projet réduit considérablement les terres et ressources disponibles pour les populations locales. C’est la raison pour laquelle il faut reconnaître leur rôle essentiel dans la gestion durable de leurs terres et environnement. Lorsqu’une décision est prise sans leur consentement libre, informé et préalable, cela peut malheureusement conduire à des situations aussi délicates que celle-ci. Nous invitons le gouvernement à reconsidérer le projet. C’est une menace de trop pour les populations de l’Extrême-Nord». Tel est l’avis de Dr Fabrice Lamfu, chargé de la campagne forêt chez Greenpeace Afrique.
Dans sa déclaration du 25 février 2025, adressée à l’attention de la communauté nationale et internationale, l’Association Nationale Culturelle Tupuri, JAG SIR, précisait que «malgré les multiples menaces à leurs pratiques culturelles relevées par les populations autochtones, la persistance au sein du Gouvernement du Cameroun de l’idée de poursuivre la mise en œuvre du parc querellé laisse transparaitre une volonté de nuire à la communauté Tupuri et pourrait aggraver le sort des populations concernées qui pensent déjà être victimes d’un apartheid physique».
«La communauté Toupouri estime qu’il s’agit d’un complot contre leurs terres et leurs vies. Les éléphants ne font pas de distinction entre ethnies, religions ou professions. Leur présence est une menace pour tous, y compris le camp du BIR à moins de 12 km. Des ravisseurs sévissent régulièrement à Taibong et Guidiguis avant de se réfugier dans une aire protégée au Tchad. L’extension de cette zone avec le nouveau parc aggraverait l’insécurité. Le gouvernement doit reconnaître son erreur et retirer le décret pour apaiser les tensions. Au vu de la détermination des populations, si l’État s’entête, l’extermination des éléphants deviendra inévitable», fulmine Pr Pierre Ngoussandou Bello, Maître de Conférences à l’Université de Maroua et Coordonnateur National de JAG SIR.
Priorité à l’homme
Pour calmer les ardeurs, le gouvernement camerounais, par l’entremise du ministre de l’Administration Territoriale (Minat) et du gouverneur de la région de l’Extrême-Nord a réconforté les communautés sur les priorités qu’il accordait aux intérêts des citoyens installés dans cette zone. Le Minat, Paul Atanga Nji avait déjà présidé le mercredi 12 février 2025, à Kaélé, une réunion de concertation avec les populations et les forces vives du Mayo-Kani pour la résolution de la crise survenue à la suite de la concrétisation du décret n° 2020/003 du 07 janvier 2020 portant création du Parc National de Ma Mbed Mbed. Aujourd’hui, le parc fait partie des 13% des terres fortement ou sévèrement dégradées dans la région de l’Extrême-Nord du Cameroun. Ces pressions accentuent alors la destruction de l’habitat des éléphants, et donc les conflits Homme – Faune: 1717 ha de céréales détruites entre 2016 et 2021, braconnage des éléphants par la population etc. Par ailleurs, le parc est encore faiblement documenté et l’état de la biodiversité reste encore peu connu. Face à ces enjeux, le gouvernement camerounais préconise les «déguerpissements» de populations, qui vont à l’encontre des droits humains et d’une vision positive de la conservation».
Aux confins de la frontière tchado-camerounaise
Le parc National de «Ma Mbed Mbed» a une envergure transfrontalière puisque ses extensions atteignent le Tchad voisin. «Ici, le gouvernement camerounais souhaite maintenir les couloirs de migrations des éléphants venus de la Réserve de Binder Léré (Tchad) et de renforcer la conservation transfrontalière de cette espèce entre le Cameroun et le Tchad. Le PN3M a également été proposé par le gouvernement en tant que site Ramsar en raison de l’existence de sites d’abreuvage pour la faune sauvage ne tarissant pas au cours de l’année. La zone du projet concentre une majorité de population rurale, en situation de pauvreté endémique et particulièrement dépendante des ressources naturelles. Les pressions sont significatives sur les écosystèmes: extension du front agricole, exploitation du bois, usages d’intrants chimiques, pollution, prélèvements de produits forestiers non ligneux…», explique Saibou Dairou, un élu municipal basé à Guidiguis. A l’écouter, tous les ingrédients de la porosité des frontières nationales sont réunis dans cette localité. C’est l’une des causes directes de l’instabilité migratoire des éléphants à l’origine de l’insécurité et de l’impact des changements climatiques constatés dans ces localités. Prises d’otages de touristes, braconnage et meurtres de villageois ont rythmés la vie humaine et animalière dans cette zone cette dernière décennie.
Une étude menée sur leurs habitudes migratoires dans la région de Waza-Logone par Martin Tchalba présente les comportements migratoires distincts des animaux à l’Extrême-Nord du Cameroun. Environ un tiers de la population d’éléphants est sédentaire, avec un domaine vital d’environ 785 km². Un autre tiers migre régulièrement vers le parc national de Kalamaloué en bordure du Tchad, parcourant jusqu’à 3,066 km² en saison sèche. Enfin, le dernier tiers se déplace vers la région de Kaélé dans le Mayo-Kani. Leur domaine vital annuel varie entre 1,577 et 2,604 km².
Modeste Tom
Je suis d’accord que le clergé du 21e siècle n’est pas obligé de se vêtir forcément comme le Nazaréen mais y a-t-il de la simplicité dans ce que nous voyons aujourd’hui? Mitres, crosses, paliums, anneaux, croix pectorales, chasubles et autres dalmatiques ne disent-ils pas quelque chose de ce cléricalisme que le pape François ne cesse de fustiger et qui refuse de mourir? Au moment où le concept de synodalité nous rappelle opportunément que laïcs et clers sont égaux devant Dieu et corresponsables de la vie et de la mission de l’Église bien qu’exerçant des fonctions différentes dans cette Église, y a-t-il un sens à s’accrocher à cette parure qui est un vestige du Xe siècle? Au lieu de mettre du zèle à se distinguer des fidèles, au lieu de vouloir montrer qu’ils sont supérieurs à ceux qui n’ont pas reçu le sacrement de l’ordre, prêtres, évêques et cardinaux devraient, à mon avis, chercher à honorer le conseil de Pierre:
« Que votre parure ne soit pas une parure extérieure mais la parure intérieure et cachée dans le cœur, la pureté incorruptible d’un esprit doux et paisible qui est d’une grande valeur devant Dieu! » (1P 3, 3-4) Une Église qui se veut pure et simple devrait abandonner certaines habitudes comme Paul VI abandonna la tiare papale, sympole de la suprématie universelle des papes, le 13 novembre 1964. C’était avant son voyage à Bombay (Inde) où il se rendit dans un appareil de ligne régulier. Paul VI voulait une Église plus attentive aux grands problèmes du monde moderne et plus proche des fidèles. Il estimait que l’on devrait reconnaître le clerc plus par son comportement que par sa tenue vestimentaire.
Les clercs africains sont-ils attentifs aux problèmes qui travaillent l’Afrique d’aujourd’hui? À l’heure où certains en France comme le général François Lecointre préconisent ouvertement la recolonisation de l’Afrique, la priorité est-elle de construire à coup de milliards de belles églises et grottes mariales et de porter les chasubles les plus chères?
En Afrique de l’Ouest, depuis 2011, un individu viole la Constitution, endette le pays, arrête et emprisonne qui il veut, donne les terres et papiers des Ivoiriens à des gens qui n’y ont pas droit, casse les maisons des gens sans les reloger, réprime férocement toutes les manifestations des partis de l’opposition, refuse de discuter avec ses adversaires, protège les détourneurs de fonds publics, s’emploie à déstabiliser les pays voisins et aucun « homme de Dieu » ne lève le petit doigt. Est-ce normal? La vie humaine n’est-elle pas plus importante que la chasuble? Jésus, qui n’avait pas sa langue dans la poche, se serait-il tu s’il voyait le genou de l’Occident sur le cou de l’Afrique? Serait-il en train de saigner des laïcs déjà appauvris pour bâtir des lieux de culte où peut-être personne ne viendra prier dans 50 ou 100 ans?
