Organisation internationale de protection civile (OIPC) : Yap entre grandeur et fadeurde grande écoute

Débarquée de son bureau de secrétaire général de l’OIPC, sis Parc Chuit au Petit-Lancy à Genève depuis fin janvier 2025, la Camerounaise, épouse du président du Tribunal criminel spécial (Tcs) est lovée dans un nid au-dessus duquel bruit un scandale présumé d’immigration clandestine en coaction. Enquête.

De gauche à droite Mme Yap née Njoupouo Mariatou et S.E.Georgy Todua à Yaoundé le 27 juin 2024

«Madame Yap née Njoupouo Mariatou a été élue, ce mercredi 14 octobre 2020, Secrétaire générale de l’Organisation internationale de protection civile (plus haut fonctionnaire technique et administratif de l’Organisation), lors de l’Assemblée générale de ladite institution, à l’issue d’un vote au cours duquel la candidature du Cameroun a obtenu 30 voix contre 23 pour celle du Liban. C’est la première fois, dans l’histoire de l’OIPC, qu’une dame accède à ce poste. Mme Yap est également le premier ressortissant d’Afrique subsaharienne appelé à diriger cette organisation internationale».


Partie
Dans ce texte mué en capsule à remonter le temps, beaucoup parient aujourd’hui que si on faisait un micro-trottoir, le même texte étranglerait de colère plus d’une personne. Pour dire en quelques mots, il est désormais officiel qu’à l’occasion de la célébration de la Journée mondiale de la protection civile le 1er mars prochain, le message de l’OIPC ne portera pas la signature de dame Yap née Njoupouo Mariatou. En lieu et place de la Camerounaise, ce sera Roman Lapin. Ce dernier a été nommé secrétaire général par intérim de l’OIPC par Décision XIV de la 26e Assemblée générale depuis le 31 janvier 2025. Depuis cette date, c’est lui qui gère toutes les affaires courantes de l’organisation. La preuve: c’est bien lui qui, le 18 février 2025 à Tunis, a présidé la cérémonie de lancement du Symposium international sur la gestion des urgences et la réponse aux catastrophes.


En clair, la professeure des Lycées d’enseignement secondaire général (matricule 510 154-K de la Fonction publique camerounaise), mère de trois enfants, ancienne présidente de l’association des épouses de magistrats du Cameroun, Point Focal Cameroun à la Cellule gestion risques et catastrophes et adéquation aux changements climatiques de la Communauté économique des États de l’Afrique centrale (GRC/ ACC-CEEAC) qui, à un moment, a aussi enseigné à l’Ecole de guerre de Yaoundé et l’Ecole internationale des forces de sécurité (Eiforces) à Yaoundé, Yap née Njoupouo Mariatou, dont le bail à la tête de l’OIPC aurait pu s’achever en 2026, «a été brutalement débarquée» (tel que l’affirme Jeune Afrique du 8 novembre 2024) d’une OIPC mal en point (bail à loyer résilié, comptes bancaires fermés, soupçons de détournements, rumeurs d’espionnage).


Actu
A Yaoundé, dans le sérail, cette information se fait vague. Au ministère de l’Administration territoriale (Minat) ou à la Direction de la protection civile, le discours hésite. Du côté du ministère des Relations extérieures, à la sous-direction des institutions spécialisées des Nations unies, l’on cherche l’élégance de style dans des expressions comme «affaire réservée» ou encore «le boss n’a pas encore communiqué sur cette information». Ici, tout se passe comme si la pratique de la dissimulation et du silence sert une information dont la connaissance échappe au plus grand nombre, pour être volontairement réservée à un cercle restreint. Entre temps, par un détour au ras du sol, l’on apprend que le limogeage de Yap née Njoupouo Mariatou s’ordonne autour d’un présumé scandale découvert par Interpol et révélé aux services spéciaux suisses et russes. «Les faits remontent à janvier 2021. Et grâce à de fructueuses collaborations avec les services spéciaux camerounais, russes et suisses, la constitution progressive et largement silencieuse des preuves d’existence d’un puissant réseau d’immigration clandestine a permis en juillet 2024 de désigner ce qui était secret d’une part, et de distinguer des gradients de complicité bien installés au Cameroun d’autre part», souffle une source diplomatique accréditée à Yaoundé. A en croire cette dernière, Yap née Njoupouo Mariatou a été démissionnée pour avoir «entretenu un partenariat privé avec une personnalité trouble au Cameroun».


Dans cet énoncé qui dessine à la fois des activités occultes et l’étroitesse du cercle des acteurs opérant de manière anonyme et systématique, certaines sources proches d’Interpol Afrique centrale désignent Yap née Njoupouo Mariatou et son poste de Secrétaire générale de l’OIPC comme des paravents. Quelques confidences obtenues auprès de plusieurs acteurs diplomatiques et sécuritaires parlent de puissants appuis tapis dans la plus haute hiérarchie au Minat. Laquelle donc? Si l’interrogation l’emporte sur la certitude, il reste que, quand on replonge dans certains faits divers ayant nourri la chronique au Minat en mai 2021, il nous revient que des passeports de service avaient été délivrés à quelques citoyens à la demande des plus hauts cadres du Minat. «A l’époque, on avait minoré la situation alléguant qu’elle ne relevait que de coups médiatiques, de manipulations, de polémiques, de diffamation contre Paul Atanga Nji qui avait beaucoup œuvré pour le succès électoral de Yap née Njoupouo Mariatou au secrétariat général de l’OIPC», glisse une source sécuritaire. D’après celle-ci, «au nom de l’OIPC, des citoyens munis de documents authentiques s’envolaient du Cameroun vers la Suisse, vers Genève notamment, où ils étaient attendus par deux personnes (un homme et une femme) à la solde de Yap née Njoupouo Mariatou, elle-même puissamment soutenue à partir de Yaoundé».
Dans un registre plus étendu, il revient que Interpol a constaté que la désormais ancienne secrétaire générale de l’OIPC avait, au bénéfice de réseaux criminels de différentes dimensions, amateurs, familiaux, mafieux ou autres, intégré l’immigration clandestine l’une de ses activités parallèles. Sur ce point encore, seul le label OIPC favorisait la diminution des risques. «Bénéficiant d’un statut diplomatique garanti par un accord signé entre le Conseil fédéral suisse et l’OIPC, un texte qui assure à l’OIPC, entre autres, l’inviolabilité des bâtiments, l’immunité pénale, civile et administrative ainsi que des exonérations fiscales, madame Yap avait, comme on dit, le champ libre», glisse un diplomate.
D’autres sources, qui ont toutes exigé l’anonymat, révèlent que, Yap née Njoupouo Mariatou, plusieurs voyages financés via le canal genevois de l’OIPC étaient fictifs. «Des pratiques qui ont conduit des banques suisses à couper toute relation avec l’OIPC en début d’année», apprend-on. «Certaines missions ici ont dû être bouclées au pied levé pour des personnes éloignées du thème de la protection civile», dévoile un témoin des faits au Minat.


A côté…
Il y en a qui trouvent d’autres raisons à l’éviction de dame Yap de l’OIPC. «Phagocytée par Moscou, cette organisation s’est transformée en un outil de financement d’intérêts géopolitiques russes depuis Genève» souligne Daniel Nkomba, internationaliste. «Avec moins de 60 Etats membres, dont aucun pays occidental, et cette dépendance à l’apport de financements par un seul Etat, on peut clairement s’interroger sur la vocation universelle de cette organisation et notre compatriote très attachée à l’universalité de la protection civile n’a pas pu supporter cela, ou du moins ne pouvait pas être supportée par ceux qui financent», analyse-t-il, évoquant «un cas unique dans le monde des organisations internationales établies en Suisse».


Dans ce cas…
Le contexte dans lequel s’inscrit cette analyse fait quelque peu écho, d’une part à l’audience accordée par Paul Atanga Nji à l’ambassadeur de la Fédération de Russie au Cameroun le 31 juillet 2024 et, d’autre part, à celle accordée par le même diplomate bien avant ( le 27 juin 2024) à dame Yap née Njoupouo Mariatou. «Déclinée officiellement en visite de courtoisie, cette audience consistait officieusement à signifier à notre compatriote que ses carottes étaient cuites et exiger d’elle le retrait du dossier relatif au projet de création au Cameroun d’un bureau régional de l’OIPC pour l’Afrique; puisque c’est Moscou qui en réalité fait le suivi des financements des projets dans des pays de sa sphère d’influence», affirme Daniel Nkomba.

Bobo Ousmanou

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