S’intégrant dans ce que l’on pourrait appeler «déversement conscient des produits pétroliers» dans le cadre de vie immédiat des populations, le phénomène est très courant à travers le pays.

«Déversements accidentels des hydrocarbures…» Ce 16 septembre 2024, voilà la formulation qui fait tilt aux yeux pour quiconque entre dans la salle des travaux du séminaire d’actualisation du Plan national de lutte contre les déversements accidentels d’hydrocarbures (PNLDAH). «Déversements accidentels des hydrocarbures…», la formulation est pertinente et bien circonscrite. Judicieusement choisis, les mots puissants enrichissent le libellé du jour d’un supplément de sens tout en le raccourcissant. «C’est un atout de taille pour éviter les amalgames. On parle bien de déversements accidentels, c’est-à-dire ceux survenus par hasard. Sauf que l’ordre du jour ne devrait mobiliser que des opérations intellectuelles spécialisées», précise une source proche du Comité de pilotage et de suivi des Pipelines (CPSP), structure logée à la Société nationale des hydrocarbures (SNH) du Cameroun. On a vite compris: on ne parle pas ici des déversements non accidentels d’hydrocarbures.
Réalités et exemples
Le sujet apparaît pourtant comme très proche. «Derrière les usines implantées dans nos quartiers, le déversement des hydrocarbures est programmé par diverses structures», s’alarme Miguel Owona, environnementaliste basé à Yaoundé. Selon lui, le phénomène fuse et se distingue par son ampleur. Dans plusieurs localités du pays, il s’incarne. «Les ressorts de sa terreur sont sans visage à proprement parler. Tenez par exemple: À l’entrée de sa station de lavage de véhicules dans la ville de Mbalmayo (Nyong-et-So’o), l’eau n’est plus potable; elle est infectée par les hydrocarbures provenant d’une station-service. À l’arrière de cette station, un étang d’eau marécageux stagne et laisse apparaitre à la surface des dépôts d’étranges substances dont les effluves à l’odorat trahissent sur la présence de produits pétroliers», dénonce Miguel Owona. En s’horrifiant du chaos qu’il cause sur la santé des riverains, l’expert conclut: «il n’y a pas de doute, la recrudescence des maladies respiratoires à cet endroit est l’œuvre de cette société implantée dans localité de Ngallan en 2019».
Comme à Mbalmayo, les hydrocarbures usagers sont déversés allègrement dans la nature par des entreprises et des particuliers. «A Yaoundé par exemple, pendant deux jours (du 2 au 3 septembre dernier), les populations du quartier Etam-Bafia ont dû faire face à une sorte de marée noire sur le cours d’eau qui serpente la zone», renseigne Simon Ebony Mahop, spécialiste en eaux, hygiène et assainissement et activiste écologiste. «C’est que, en amont des gens ont déversé consciemment des produits pétroliers dans l’eau et, en aval, l’effet est resté bien visible sur les bords, la végétation et la faune aquatique», explique-t-il.
Dans la mangrove du Wouri à Douala, chaque jour, le lavage des bidons de carburant par des contrebandiers fait scandale. «De façon complémentaire, rentabilité, continuité de services, pérennité de l’entreprise l’emportent dans un contexte défini par les contraintes des marchés de carburant frelaté dans la capitale économique. Et l’image simplifiée du système d’acteurs qui déversent des hydrocarbures montre bien qu’il ne s’agit pas de situations accidentelles», confie encore Simon Ebony Mahop.
Jean-René Meva’a Amougou
