Maltraitances conjugales : le cas typique de dame Juliette à Yaoundé

L’histoire d’une victime du syndrome de Stockholm causé par son mari. Au crépuscule de sa vie, ses proches tentent de la sortir de ce pandémonium.

Depuis 49 ans, Juliette Nga Nsimi, originaire d’Elat dans la Mefou et Afamba, souffre le martyre infligé par Jean, son mari. Elle accepte de souffrir par amour pour ses enfants. Son bien-aimé, Jean, originaire d’Odza, n’a jamais donné l’argent de ration à sa femme. Pourtant, elle doit dresser la table tous les jours pour que Jean mange à sa faim. En cas de manquement, c’est la bastonnade qui l’attend. Elle est par conséquent obligée d’être résiliente. Elle devient parfois une grande voleuse pour tenir le coup. Ses théâtres d’opérations sont diversifiés. En zone rurale, elle prend dans les champs d’autrui et commercialise dans les marchés de Mvog-Atangana Mballa ou Mvog-Mbi. A Yaoundé, elle pique dans les boutiques et les poissonneries. Il est arrivé de voler les marmites au feu avec de la nourriture. Pour servir des repas à son mari et avoir la quiétude.


Ces différents vols ne se passent pas toujours comme souhaité par Juliette. En témoignent les séquelles de bastonnades sur son corps. Elle a son pouce droit inerte, à cause d’une bastonnade lors d’un vol dans une poissonnerie à Mvog-Mbi en 2002. Son mari n’a jamais sorti de l’argent pour les soins. Bien au contraire, il exigeait le repas et voulait entretenir des rapports sexuels avec sa dulcinée.


Cette violence n’est pas seulement physique; elle est aussi morale. Aucun des cinq enfants de Juliette n’a franchi la classe du Cours élémentaire deuxième année (CE2). Aujourd’hui, ils sont condamnés à de petits métiers, pour tenir le coup. Ce qui ne permet pas de soutenir au mieux leur mère.
Cette situation n’arrange plus sa progéniture. Ils profitent de la grande palabre qui se tient le lendemain de l’enterrement de leur sœur (la nommée Marie France, au mois d’octobre 2024) pour poser le problème à la grande famille. Celle-ci enjoint les enfants à prendre leur destin en main. Ce qui commence par dire: Non à la dictature de Jean. Maman Juliette, âgée de 67 ans, est encouragée par ses enfants et sa belle-famille. «Depuis 1975 que tu es arrivée dans notre famille, tu souffres. Mon frère ne peut pas te maltraiter de la sorte et tu ne dis rien», déclare sa belle-sœur. «Sort de ce mutisme, bats-toi maman, ta vie est derrière toi», insiste l’une de ses filles.


Réaction
Jean, âgé de 68 ans aujourd’hui, estropié, ne l’entend pas de cette oreille. «Il n’y a pas deux capitaines dans mon bateau. Je suis et je demeure le maître de ma famille», indique le mari accusé. Dans son sexisme habituel, il rappelle à l’assistance que «les urines de la femme ne traversent pas le tronc d’un arbre», par conséquent, les résolutions prises par la grande famille ne le concernent en rien.


Madame Ewolo Sidonie, institutrice à la retraite, adopte une approche pédagogique pour convaincre dame Juliette. L’institutrice subissait également les violences conjugales avec des bastonnades et des insultes de la part de son petit ami. Ce dernier touchait même son salaire. Plutôt que de se fondre dans le mutisme, elle s’est rendue au service des affaires sociales. «Tu sais que mon cas n’est pas différent du tien. Ton beau-frère a touché mon salaire pendant plus de 10 ans. Mais j’ai réussi à remédier à ce problème grâce aux conseils des uns et des autres. Mon mari ne blague plus avec moi. Accepte aussi qu’on te prenne en main», lance la retraitée pendant la palabre. Elle profite de ce moment pour demander aux jeunes filles présentes de refuser la violence. Elle leur demande d’aller à l’école ou de trouver une activité génératrice de revenus. «S’il vous plaît mes enfants, cherchez à être autonomes financièrement, sans toutefois mépriser vos hommes», conclut-elle.

André Gromyko Balla

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