Dans un rapport ficelé depuis décembre 2024, la Banque européenne d’investissement (BEI) accuse EDC (Electricity Development Corporation) de n’avoir pas réalisé les études d’impact du plus grand barrage réservoir du Cameroun.

L’information est révélée par Afrique Intelligence (AI). Dans un article publié le 3 mars dernier, le journal confidentiel français informe que «bien que le barrage de Lom Pangar soit en fonction depuis 2017, son gestionnaire, Electricity Development Corporation (EDC), n’a toujours pas réalisé les études d’impact». «Une plainte d’associations de riverains a été déposée auprès de la Banque européenne d’investissement, qui a publié ses préconisations fin 2024», poursuit AI. Selon des informations dûment recoupées par Intégration auprès de la BEI, celle-ci a activé son mécanisme de gestion des plaintes. Sur la base d’une série d’enquêtes de terrain que l’institution financière européenne affirme avoir menées entre 2022 et 2023, elle dit avoir relevé une série de problèmes d’ordre sociaux et économiques liés à l’analyse des impacts le long du fleuve Sanaga dans le département de la Haute Sanaga, entre le projet de barrage-réservoir de Lom Pangar («projet de Lom Pangar») et, en aval, le projet hydroélectrique de Nachtigal («projet de Nachtigal»). «Le fait que l’analyse des impacts environnementaux et sociaux en aval du barrage de Lom Pangar n’a toujours pas été finalisée en 2024, alors qu’une analyse de l’état initial de la zone aval devait être réalisée préalablement à la mise en eau du barrage, avant 2015, ne répond pas aux attentes des normes environnementales et sociales de la BEI. L’analyse de la documentation disponible pour le projet ne permet pas de démontrer qu’un processus de consultation des personnes impactés à l’aval du barrage de Lom Pangar a été mis en place. Lors de la phase de monitoring par les services de la Banque, le suivi rapproché et continu de la mise en œuvre des recommandations des études d’impact environnemental et social relatives à l’engagement des parties prenantes situées à l’aval du barrage de Lom Pangar ne semble pas avoir été mis en place, pour assurer la conformité avec les standards environnementaux et sociaux de la Banque.», renseigne le bailleur de fonds européen.
Au commencement…
Selon nos sources, tout est parti d’une plainte de SYLAD (Synergie Locale d’Appui au Développement). Dans son accusation, cette coopérative basée dans le département de la Haute-Sanaga a listé une série de problèmes d’ordre sociaux et économiques liés à l’analyse des impacts des barrages de Lom Pangar et de Nachtigal. «La population des villages situés le long du fleuve Sanaga, dans le département de la Haute-Sanaga, n’a pas été informée ni consultée de manière satisfaisante sur les incidences sociales liées à l’exploitation des deux barrages, notamment pour les personnes ayant pour activités la pêche ou l’extraction du sable», écrit SYLAD. Le dialogue prévu entre EDC et le plaignant n’a pas pu avoir lieu car EDC a annoncé son retrait du processus de dialogue. Dans une lettre du 14 novembre 2023 adressée à EDC, le mécanisme de la BEI a pris acte du retrait d’EDC. Au passage, diverses réunions ont également été organisées avec les services de la Banque concernés entre les mois de mars et mai 2024 durant la phase d’investigation, afin de discuter des problématiques observées sur le terrain et de comprendre les démarches initiées auprès du promoteur pour tenter de trouver une solution ainsi que de l’évolution de leur mise en œuvre. D’après nos sources, il existe une version d’étude d’impact aval, qui serait potentiellement disponible auprès d’un consultant international en charge de sa finalisation, mais non transmise au promoteur du projet, pour des raisons contractuelles.
A EDC, l’on se veut clair. «En saisissant la BEI, SYLAD s’est trompée de porte. Puisque c’est la Banque mondiale qui s’occupe du dossier», balaie Ibrahima Haman Tizi, chef de service de la communication et des relations publiques à EDC. Il poursuit: «la Banque mondiale a fait de Lom Pangar un modèle mondial en matière de gestion de l’environnement. S’il y avait un quelconque manquement, le projet ne devrait pas aboutir; ce d’autant plus que chaque trimestre, des missions d’experts séjournaient sur le site et donnaient leur quitus à EDC».
Jean-René Meva’a Amougou
