L’élection présidentielle d’octobre 2025

Mgr Ignace Bessi Dogbo, qui s’apprête à succéder à Jean Pierre Kutwã à la tête de l’archidiocèse d’Abidjan, a accordé, le 15 juillet 2024, une interview à “Ecclesia TV”.
Le point, qui m’a le plus intéressé dans cette interview, a trait à l’élection présidentielle qui aura lieu dans notre pays en octobre 2025. Lorsqu’on demanda son avis là-dessus, Mgr Bessi répondit que l’élection n’était pas la guerre. Cette réponse, même si elle est juste, je la trouve incomplète car j’eusse aimé que le prélat pousse plus loin l’analyse en expliquant pourquoi, dans certains pays africains, les élections conduisent parfois à des troubles, à des violences, voire à des massacres. La Côte d’Ivoire a connu des destructions de biens et de vies humaines en 2010-2011. Cela peut arriver une fois de plus si Monsieur Dramane Ouattara s’obstine à briguer un quatrième mandat, s’il persiste à refuser de s’asseoir avec l’opposition afin que tous les partis politiques parviennent à un consensus sur le découpage électoral, sur la composition de la commission électorale et sur les listes électorales.
C’est pourquoi je propose que le nouvel archevêque d’Abidjan et les autres évêques catholiques interpellent maintenant le président du Rassemblement des Houphouëtistes pour la démocratie et la paix (RHDP) en lui demandant poliment mais fermement de ne pas violer la Constitution une seconde fois et de discuter avec les leaders de l’opposition. Nos prélats ne doivent pas être les médecins après la mort. Rien n’est plus irresponsable que de se taire aujourd’hui et d’appeler les gens à prier pour la paix quand tout est “gâté”.
En disant à Ouattara qu’il n’a pas le droit de se représenter, les évêques ne sortiraient pas de leur rôle car ils sont à la fois citoyens et pasteurs soucieux de la paix dans le pays. Ils ne seraient pas non plus les premiers en Afrique à agir de la sorte. En effet, les évêques du Burkina Faso réunis à Fada-Ngourma en février 2010 s’étaient fermement et clairement opposés à la modification de l’article 37 de la Constitution, modification qui aurait permis au dictateur Blaise Compaoré de s’éterniser au pouvoir.
Le 2 janvier 2018, réagissant à la volonté de Joseph Kabila de rempiler après deux mandats à la tête du pays, le cardinal Laurent Monsengwo avait déclaré :”Il est temps que les médiocres dégagent et que règnent la paix et la justice en RDC.”
En mars 2024, la conférence épiscopale du Togo déplorait la précipitation avec laquelle Faure Gnassingbé fit passer le pays du régime présidentiel au régime parlementaire. Une telle modification de la Constitution, selon les évêques togolais, aurait dû être précédée par un débat national inclusif.
Il est urgent de sortir des demi-vérités et des ambiguïtés. À un évêque qui soutenait que parler en privé aux dirigeants du pays était plus productif et plus efficace que le faire publiquement, je répondis que rien dans les saintes Écritures n’interdisait de prendre la communauté nationale et internationale à témoin puisque Yahvé affirme n’avoir pas parlé en secret dans un lieu ténébreux (Isaïe 45,19) et que Jésus fit comprendre au grand prêtre qu’il avait parlé ouvertement à tout le monde et qu’il n’avait rien dit en secret (Jn 18,19-20).
Mais parler clairement et ouvertement à ceux qui en violant la constitution risquent d’embraser le pays ne devrait pas être uniquement l’affaire des évêques catholiques. C’est tout le monde qui devrait se sentir concerné par le scrutin de 2025: enseignants, médecins, artistes, artisans, étudiants, ouvriers, chefs traditionnels, partis politiques, syndicats, chômeurs (surtout eux). C’est maintenant que tous doivent se lever et se dresser contre certains apprentis-sorciers qui, en voulant confisquer le pouvoir, mettent en danger l’existence même du pays.


Jean-Claude Djéréké

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