Je viens d’apprendre l’élévation de Mgr Ignace Bessi Dogbo au cardinalat. Je me réjouis sincèrement de cet honneur fait à la fois à notre Église et au nouvel archevêque d’Abidjan.
Cela dit, il est bon de rappeler que Abidjan est un siège cardinalice comme Kinshasa, Nairobi, Bruxelles, Milan, Paris, New York, Madrid, Lisbonne, etc. Cela signifie que les cardinaux de ces villes ne doivent pas nécessairement leur cardinalat à leurs qualités personnelles.

Autrefois, était fait cardinal tout évêque qui avait défendu la foi catholique ou avait rendu témoignage à la justice ou à la vérité. Je pense, ici, à Stefan Wyszynski quand les communistes menaient la vie dure à l’Église. Ce prélat tint tête au général Jaruzelski qui voulait museler l’épiscopat polonais. C’est aussi le cas de Mgr Jules Saliège, archevêque de Toulouse. Pendant l’occupation de la France, il fut l’un des rares évêques français à dénoncer les déportations de Juifs et les exactions nazies. Pour saluer son courage, le pape Pie XII le créa cardinal le 18 février 1946. Le nonce apostolique en France, Mgr Angelo Roncalli, futur pape Jean XXIII, se rendit dans la ville rose pour lui remettre son chapeau de cardinal parce que Mgr Saliège avait du mal à marcher.
À maintes reprises, le pape François a insisté sur le fait que porter les vêtements rouges n’est pas une promotion mais une lourde responsabilité. Être responsable ici signifie prendre soin du Peuple de Dieu qui ne se limite pas aux Catholiques, le défendre quand il est victime d’injustice, d’oppression, quand des puissances étrangères mettent leur pied sur le cou des Africains ou pillent leurs ressources naturelles. Le cardinal doit être capable de résister aux méchants et puissants « jusqu’au sang » (usque ad sanguinem).
Dans notre pays, les « Woubis » n’ont plus honte de s’afficher et de parader, des détourneurs de milliards circulent librement et narguent les petites gens qui croupissent dans une misère de jour en jour déshumanisante, les organisations de la société civile et les partis d’opposition sont empêchés de marcher ou de manifester, le cacao est payé moins cher qu’au Cameroun, les terrains des maisons rasées sont cédés à des hommes d’affaires venus d’ailleurs. On dit aussi que Dramane Ouattara s’apprête à briguer un quatrième mandat en violation de notre Loi fondamentale. Quelle réponse le nouveau cardinal apportera-t-il à toutes ces questions?
Jean-Claude Djéréké
