«L’apport de la discipline LCN dans la vision de l’intégration nationale au Cameroun»

Une contribution de Jean Hervé Njangan Ndjemba, Socio-didacticien, enseignant-chercheur en langues et cultures camerounaises.

L’enseignement des langues nationales au Cameroun s’inscrit dans un cadre sociolinguistique complexe, marqué par la coexistence de nombreuses langues. Le Cameroun compte environ 285 langues, dont 263 sont vivantes, ce qui en fait l’un des pays les plus riches en diversité linguistique en Afrique.
Depuis la révision de la Constitution en 1996, le Cameroun s’est engagé à promouvoir les Langues et cultures nationales (LCN). Cependant, le français et l’anglais restent les langues d’enseignement officielles. L’enseignement des langues et cultures nationales permet un enracinement des jeunes dans les valeurs linguistiques et culturelles endogènes, et l’enseignement des deux langues officielles (français et anglais) favorise la communication interethnique et renforce les liens entre les différentes communautés du Cameroun. En intégrant les langues et cultures nationales dans le curriculum éducatif, les élèves des lycées et collèges apprennent à apprécier la diversité culturelle et ceci permet d’atténuer les tensions identitaires et de promouvoir le vivre-ensemble en milieu scolaire au Cameroun.

Le terme « intégration » provient du latin integrare, signifiant « rendre entier ». Il évoque l’idée d’incorporation d’un élément dans un ensemble, favorisant l’harmonie entre les différentes parties. Au sens général, l’intégration est un processus d’incorporation d’un élément dans un autre, accompagné d’une transformation réciproque de ces éléments tendant vers l’unité. L’intégration nationale désigne le processus par lequel des individus ou des groupes, souvent issus de minorités ou de l’immigration, deviennent des membres à part entière d’une société plus large, tout en conservant une certaine identité. Ce concept implique une transformation réciproque entre les individus et la société, visant à créer une unité tout en respectant la diversité.

En sociologie, l’intégration est le processus ethnologique qui permet à une personne ou à un groupe de personnes de se rapprocher et de devenir membre d’un autre groupe plus vaste par l’adoption de ses valeurs et des normes de son système social. C’est est un processus dynamique et continu, essentielle pour maintenir la cohésion sociale et prévenir l’exclusion. La diversité culturelle et l’intégration nationale en milieu scolaire au Cameroun présentent des enjeux complexes et interconnectés.
Paul Biya, Président du Cameroun depuis 1982, a formulé la doctrine du libéralisme communautaire dans son ouvrage Pour le libéralisme communautaire, publié pour la première fois en 1987. Cette doctrine vise à concilier les principes de liberté individuelle avec ceux de solidarité collective, en mettant l’accent sur le développement socio-économique du Cameroun. Cette doctrine se distingue des approches individualistes ou collectivistes, en mettant l’accent sur le développement harmonieux des individus et des communautés dans un cadre démocratique. C’est une vision de l’intégration nationale. Biya considère que cette approche est essentielle pour bâtir un Cameroun émergent, démocratique et uni, capable de faire face aux défis contemporains tout en respectant ses valeurs culturelles.

Avec l’enseignement des langues et cultures camerounaise depuis 2011 (date d’affectation de la toute première vague d’enseignants de langues et cultures à l’Ecole normale supérieure de l’Université de Yaoundé 1), les lycées et collèges jouent un rôle crucial dans l’intégration nationale, en particulier dans un contexte de diversité culturelle. Les contenus éducatifs de la discipline LCN valorisent toutes les cultures présentes au Cameroun et ceci œuvre à la construction d’une identité nationale unie (tout en respectant la diversité). Les lycées et collèges jouent actuellement un rôle crucial dans la promotion de la tolérance et de l’acceptation des différences. Il y a l’implémentation d’une éducation interculturelle qui favorise grandement l’enrichissement mutuel et la compréhension entre les élèves de différentes origines. Il y a donc dissolution des replis identitaires.

L’enseignement des langues et cultures nationales contribue à réduire les tensions identitaires. Aussi, la naissance de clubs de langues et cultures au sein des établissements (comme c’est le cas au Lycée Bilingue de Kyé-Ossi depuis Mai 2015) contribue à la consolidation de l’intégration nationale au moyen d’un encadrement rigoureux des regroupements multilingues et multiculturels. Les enseignements de la discipline LCN et lesdits clubs promeuvent le dialogue intercommunautaire et le vivre-ensemble au sein des établissements.
En somme, nous pouvons affirmer que depuis l’intégration des langues et cultures nationales dans le système éducatif, il y a valorisation de la diversité linguistique et culturelle du pays avec pour effet, la construction d’une identité nationale tout en respectant les particularités de chaque groupe ethnique. Il y a donc une meilleure cohésion nationale, une meilleure intégration nationale.

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