Dans la Grèce antique, Hybris était la divinité de l’excès.

Quand un individu est excessif, aveuglé par un irrationnel complexe de supériorité, dévoré par la volonté de dominer et de soumettre les autres, quand il verse facilement dans la démesure ou quand il pense être maître du monde, il se rend alors coupable d’hybris.
Mais ceux qui souffrent de cette maladie ne sont jamais à l’abri d’une chute. En d’autres termes, l’orgueilleux finit par tomber car, dans la mythologie grecque, Némésis, la déesse de la vengeance, de l’équilibre et de la justice divine, était chargée de punir les humains qui se livrent à l’hybris.
Il faut avoir cela à l’esprit pour comprendre pourquoi l’une des inscriptions gravées sur le fronton du Temple de Delphes était « Rien de trop ».
L’Histoire politique africaine est remplie d’exemples d’individus qui en faisaient trop, qui étaient habités par des désirs mégalomaniaques et qui, à cause de cela, terminèrent leur existence d’une manière piteuse. Citons, entre autres, Macias Nguema (Guinée équatoriale), Jean-Bedel Bokassa (Centrafrique) Mobutu (Zaïre) ou Idi Amin Dada (Ouganda).
Je voudrais m’attarder un peu sur le dernier cas.
Arrivé au pouvoir en 1971, Amin Dada devint vite célèbre à cause de ses frasques et bouffonneries. Partout et à tout moment, il voulait (dé)montrer qu’il était fort et puissant. Comme si cela ne suffisait pas, il décida, en octobre 1978, d’envahir une partie du territoire tanzanien. L’armée ougandaise occupa la Saillie de Kagera. Mais Julius Nyerere n’était pas homme à tolérer ce genre d’affront. Le premier président de Tanzanie organisa alors la riposte. Celle-ci fut fatale car, bien entraînée et déterminée, l’armée tanzanienne réussit à récupérer les villes tanzaniennes prises par les soldats ougandais et à chasser Idi Amin du pouvoir, le 10 avril 1979 lors de la bataille de Kampala.
La mésaventure d’Idi Amin Dada devrait instruire Kagamé qui donne l’impression que rien ne peut l’arrêter dans sa volonté de faire main basse sur le Nord-Kivu, voire sur le pouvoir de Kinshasa. La RDC, affaiblie et ridiculisée aujourd’hui, rien ne dit qu’elle sera dans cette position éternellement. Amin Dada, quoique soutenu par Kadhafi, fut vaincu à la fin. Bénéficier de l’appui des pays occidentaux ne devrait pas faire croire au président rwandais qu’il peut défaire facilement l’Afrique du Sud qui compte plusieurs partenaires dans le groupe des BRICS.
« Le plus fort n’est jamais assez fort pour être toujours le maître s’il ne transforme sa force en droit ». Je convoque ces sages paroles de Jean-Jacques Rousseau pour faire comprendre la chose suivante: Nous pouvons et devons régler nos différends autrement qu’en nous entretuant avec des armes fabriquées et vendues par ceux-là mêmes qui ont toujours rêvé de nous voir disparaître pour accaparer nos richesses.
L’absence d’ambition est aussi dangereuse qu’une ambition démesurée. Kagamé est ambitieux, il veut certainement faire de grandes choses pour son pays et pour l’Afrique. On ne peut le lui reprocher mais chacun de nous doit aussi savoir que n’est bonne que l’ambition qui ne détruit pas des vies humaines.
Jean-Claude Djéréké
