En 2026, quarante-six (46) entreprises à capitaux publics pourraient se retrouver aux mains d’au moins deux «dirigeants sociaux illégaux».

Selon le Pr Viviane Ondoua Biwole, tous les mandats des directeurs généraux (DG), directeurs généraux adjoints (DGA) et des présidents de Conseil d’administration (PCA), en poste au moment de la promulgation des lois n° 2017/011 du 12 juillet 2017 et n° 2017/010 du 12 juillet 2017 prennent fin cette année. Les PCA concernés seront en dépassement de 3 ans et les DG auront atteint l’échéance maximale qui est de 9 ans. C’est ce que donne à voir l’enseignante d’université dans un document intitulé «Projection 2026 de la situation des dirigeants à la tête des entreprises et établissements publics» parvenu à notre rédaction. L’experte sur les questions de gouvernance scrute la gestion des entreprises publiques camerounaises, dont elle décrie et décrit ces tares depuis plusieurs années.
D’après la loi camerounaise en la matière, la durée des mandats des patrons de Conseil d’administration est de six ans; celle des directeurs généraux et de leurs adjoints est de neuf ans. Dans la foulée, les dirigeants de la majorité des entreprises camerounaises vont exercer dans l’illégalité en 2026. «Sur les 53 entreprises analysées, 46 auront, simultanément, au moins deux dirigeants sociaux illégaux, ce qui représente 86,79% des entreprises étudiées. Pour ces 46 entreprises, un total de 110 dirigeants illégaux sont concernés dont 46 DG, 22 DGA et 43 PCA. 21 des 46 entreprises auront au moins deux dirigeants illégaux, soit 45,65%. 20 entreprises parmi ces 46 auront tous les trois dirigeants (PCA, DG et DGA) illégaux, représentant 43,47%», lit-on dans le document.
L’enseignante d’université rappelle que quatre postes de président du Conseil d’administration sont toujours vacants au sein des grandes entreprises camerounaises. Notamment à la Mission d’aménagement et de gestion des zones industrielles (MAGZI), à l’Institut national de la cartographie (INC), à l’Unité de traitements agricoles par voie aérienne (UTAVA) et au Fonds national de l’emploi (FNE). Une situation qui pourrait bien avoir un certain impact sur le fonctionnement desdites sociétés.
En plus de cet autre manquement, il y a le fait qu’un «dirigeant occupe en même temps un poste de DG et un autre de DGA dans deux entreprises différentes. Trois (3) dirigeants sont PCA dans deux entreprises à la fois: Taiga (Midepecam [Mission de Développement de la Pêche Artisanale et Maritime] et Sodepa [Société de Développement et d’Exploitation des Productions Animales NDLR]); She Jones Yembe (Labogénie [Laboratoire national de Génie civil NDLR] et PAD [Port autonome de Douala NDLR]); et Fai Yengo (AER [Agence d’Électrification rurale] et Bunec [ Le Bureau National de l’État Civil du Cameroun NDLR])», écrit l’auteur de l’analyse évoquée supra. Ce n’est pas tout. «Le président du Sénat est encore membre du Conseil d’administration d’Alucam [Aluminium du Cameroun NDLR] en parfaite incompatibilité !», s’insurge-t-elle.
Si elle perdure, cette situation pourrait avoir de gros impacts néfastes. D’ailleurs, Pr Viviane Ondoua Biwole tire la sonnette d’alarme. «Si des remplacements ne sont pas faits avant le 12 juillet 2026, 21 des 46 entreprises auront au moins deux dirigeants illégaux, soit 45,65 %. En outre, 20 entreprises parmi ces 46 compteront tous les trois dirigeants (PCA, DG et DGA) illégaux, représentant 43,47 %. De plus, quatre entreprises n’ont pas de PCA. Quand on sait que les actes pris par les 110 dirigeants concernés seront jugés illégaux et les actes de gestion pris seront frappés du saut de nullité, il est à craindre que 46 entreprises sur 53 soient exposées aux risques juridique et commercial importants. En plus, il apparaît que l’ambition d’être une République exemplaire et un État de droit est éprouvée par cette situation inquiétante.»
Joseph Julien Ondoua Owona
