L’action anticipatoire choisie comme module central d’un atelier régional de formation tenu à Yaoundé du 19 au 21 novembre 2024.

Analyse, anticipation, prospective. Cela vaut aussi bien pour la recherche de type universitaire, que pour la gestion des catastrophes. Et parce qu’elles admettent toutes que la question est évidemment de savoir ce qu’elles peuvent faire, individuellement et collectivement, les Sociétés Nationales africaines sont allées à l’école de l’action préventive. En bonne place, du beau monde: Mme Cécile Akame Mfoumou (Présidente Nationale de la Croix -Rouge Camerounaise) aux côtés de laquelle pouvaient être repérés d’autres gros bonnets de l’action humanitaire, notamment le Chef de Délégation de la Fédération Internationale des Sociétés de la Croix-Rouge et du Croissant-Rouge (IFRC) Cluster Afrique Centrale, le Président de la Croix-Rouge Centrafricaine et du Représentant de la Croix-Rouge de Belgique.
En rapport avec l’Afrique francophone, l’atelier de Yaoundé a mis en évidence les liens quasiment indissociables entre l’anticipation et la notion même de gestion. L’idée maîtresse enseignée aux participants tient précisément sur la gestion prévisionnelle et structurée des catastrophes. Pour le dire simplement, Mme Cécile Akame Mfoumou s’appuie sur du concret. «L’Afrique est un Continent d’opportunités, mais aussi de défis multiples : les crises humanitaires liées aux changements climatiques, aux conflits, aux pandémies et aux déplacements de populations ne cessent de s’intensifier. Ces dernières années, nous avons été témoins des conséquences dévastatrices des catastrophes qui auraient pu être atténuées par une meilleure anticipation. Nous savons que la prévention est non seulement plus efficace, mais aussi plus éthique : elle sauve des vies, réduit les coûts et préserve la dignité des communautés affectées», déclare la Présidente Nationale de la Croix -Rouge Camerounaise. Selon cette dernière, «l’action anticipatoire est une réponse plus rapide, plus efficace, et plus digne qui permet d’agir avant l’apparition d’un choc prévisible pour sauvegarder des vies et des moyens de subsistance, ainsi que pour réduire les souffrances, les pertes et les dommages humains. Etant donné la disponibilité grandissante des informations sur les risques et les prévisions, il existe un consensus croissant selon lequel il est inacceptable de continuer d’attendre que les dangers affectent les communautés au lieu d’agir avant que les besoins humanitaires ne se manifestent. De plus, comme les besoins humanitaires dépassent les financements disponibles, l’action anticipatoire peut aider à rendre les financements humanitaires disponibles plus avant en s’attaquant aux risques, avant qu’ils ne se matérialisent enfin en situations d’urgence à grande échelle».
Préalables
Et pour la mettre en œuvre, il faut premièrement exploiter pleinement les technologies émergentes, notamment les données satellitaires, les modèles de prévision climatique et les plateformes de gestion de risques. «Ces outils sont indispensables pour déclencher des actions précoces basées sur des données fiables», explique Mme Cécile Akame Mfoumou. Deuxièmement, il faut renforcer les capacités locales en formant des acteurs communautaires qui connaissent mieux les dynamiques locales et peuvent mobiliser les populations en amont des crises. Enfin, il est important d’institutionnaliser des mécanismes de financement préventifs, car la disponibilité rapide de fonds est cruciale pour traduire les alertes en actions concrètes.
Face aux participants, la présidente de la CRC ne manque pas de résumer la leçon: «Une action anticipatoire cherche à réduire l’impact négatif des catastrophes en fournissant une assistance aux populations avant qu’une catastrophe prévue ne se produise. Les catastrophes sont souvent prévisibles, et la science utilisée pour les prévoir est de plus en plus fiable. Via une utilisation efficace des prévisions, des analyses des risques et des systèmes d’alertes précoces, il est maintenant possible de mettre en œuvre les actions et les financements requis pour agir avant qu’une catastrophe ne survienne et nous en sommes capables en Afrique francophone».
Bobo Ousmanou
