Esclave du foyer. Objet sexuel. Mariage forcé. Statut de sous– homme. Scolarisation en dents de scie.

Être née femme dans l’une des communautés conservatistes du septentrion, c’est être celle qui devra accepter que la vie lui donne des coups sans avoir le droit de regimber. Être née femme dans cet environnement, c’est être celle qui se lève très tôt le matin et se couche très tard le soir, après avoir tout mis en ordre. C’est être au service du ménage. C’est aussi accepter d’être l’agneau sacrificiel puisque, parfois, la jeune fille doit accepter, contre son propre gré, d’arrêter ses études et convoler en justes noces pour sauver l’honneur de la famille.
Ce particularisme ne s’applique pas à toutes les classes sociales. Tout dépend du statut social de la famille de la jeune fille: riche ou pauvre, hostile à la scolarisation ou non, ancrée aux valeurs ancestrales ou non, islamisée ou non, empreinte de valeurs féministes ou non. Certaines communautés du septentrion camerounais sont régies par des règles sociétales qui, parfois, dévalorisent les femmes. Ces dernières sont mises à la marge de la société. Globalement, la gent féminine, dans certaines localités, est considérée par les hommes comme un être humain de seconde zone. C’est un conservatisme qui prend sa source dans des considérations religieuses appuyées par des alibis qui se réfèrent aux coutumes.
Au Cameroun, environ 43,2% de femmes mariées subissent des violences conjugales, avec des chiffres alarmants concernant les violences sexuelles et émotionnelles. Les jeunes filles vivant sous l’autorité de leurs parents, comme les autres femmes, subissent des violences économiques récurrentes. Le déni de ressources est une forme de violence économique qui touche la gent féminine nordiste, limitant leur autonomie dans la prise de décisions économiques. Dans le Nord-Cameroun, les inégalités de richesse persistent, avec les hommes qui détiennent plus de 50% de richesses en plus. Les jeunes garçons seuls sont reconnus comme légitimes héritiers de leurs défunts parents. Les jeunes filles, souvent privées de droits fondamentaux, subissent un déni d’accès aux ressources économiques et aux services essentiels. Les causes incluent des normes socioculturelles patriarcales, un cadre légal insuffisant et un contexte économique difficile.
Depuis 2023, une vague de féminicides a été signalée, exacerbée dans le Septentrion par le phénomène de Boko Haram, où plusieurs femmes sont vulnérables à l’exploitation et aux agressions. Les victimes de violence font face à des défis d’accès aux soins, avec plus de 50% d’entre elles qui ont des difficultés à obtenir une assistance médicale.
Sus aux maltraitances
Plusieurs initiatives sont mises en place pour lutter contre ces violences dans le Septentrion. L’association d’aide humanitaire, CARE International, soutient les victimes par des activités psychosociales et sensibilise sur les Violences Basées sur le Genre. L’Association de Lutte contre les Violences Faites aux Femmes (ALVF) offre également un accompagnement aux victimes, éduque sur leurs droits et mène des campagnes de sensibilisation. L’association Citoyen pour la Mémoire du Cameroun œuvre pour l’émancipation des femmes et le changement des mentalités à travers des programmes de leadership féminin. Au-delà de tout, l’Etat camerounais déploie des efforts juridiques pour créer des cadres légaux plus sensibles au genre et garantir l’application des lois existantes.
Il urge que les hommes prennent à bras le corps ce fléau et s’impliquent également dans la lutte contre les Violences Basées sur le Genre. À cet effet, ils devraient agir comme des agents de changement en refutant les comportements violents et en s’opposant aux masculinités néfastes. Leur implication dans des programmes de sensibilisation est essentielle pour promouvoir l’égalité des genres et éduquer leurs pairs sur le respect de la femme et sur la non violence. En se positionnant comme modèles positifs, ces hommes pourront entretenir une culture de respect. Ce qui pourra réduire considérablement les violences à l’égard des femmes et de la jeune fille.
Ailleurs inspire
En Ouganda et au Sénégal par exemple, des groupes d’action masculins sont formés pour sensibiliser les hommes sur leur rôle dans la prévention des Violences Basées sur le Genre. Plus de 240 travailleurs de santé et 75 agents communautaires sont formés en Ouganda pour soutenir les victimes et promouvoir des comportements respectueux. Au Sénégal, la consultation sur la masculinité positive mobilise des jeunes pour promouvoir l’égalité des genres. Des recommandations sont formulées pour renforcer la synergie entre hommes et femmes, afin de vulgariser le concept de l’école des maris, un rassemblement organisé par le Fonds des Nations unies pour la Population (UNFPA), l’Union Africaine (UA) et le Gouvernement du Sénégal.
Dr TOM
