L’économiste s’exprime au sujet des 20 ans du pipeline Tchad-Cameroun.
C’est quoi un pipeline?
Le pipeline est un long tuyau qui mesure pratiquement 1070 kilomètres dont 170 Km au Tchad notamment dans la région de Doba au Sud qui connecte les trois sites de production Miandoum, Komé et Bolobo. Une fois qu’on a transporté sur ces 170 Km, la passe est faite au Cameroun où la plus grande partie de ce tuyau se trouve à 900 Km et ça débouche à Kome à Kribi où on va évacuer ce pétrole qui a été exploité au Sud du Tchad dans les trois régions cités plus haut.
Quel intérêt pour le Cameroun à faire traverser le pipeline?
Si le Cameroun a pu engranger 100 ou 1, le Tchad en a engrangé 9. À peu près 90% pour le Tchad et 10% pour le Cameroun. Mais le Cameroun sachant qu’il est à la frontière où à tout moment est la façade maritime de beaucoup de pays dans son dos tels que le Niger. Le Niger a un moment avant d’aller au Bénin est venu louer ou a fait transiter son pétrole par cet oléoduc et ça rapporte au Cameroun les droits de transit qui généralement sont gérés par la société nationale des hydrocarbures (SNH). La mise sur pied d’un tel comité a permis les retombées sur les plans social et économique. En gros l’apport pour chacun des deux pays est de l’ordre d’ un dixième pour le Cameroun. C’est-à-dire que si la mise en œuvre d’un tel projet a rapporté 1 milliard, le Tchad c’est à hauteur de 900 millions et le Cameroun à hauteur de 100 millions restants. Le projet à lui seul a pris pour investissement près de 1.6 milliards de dollars américain. Vous imaginez entre 2000 et 2014 c’était beaucoup d’argent, s’il fallait traduire ça en FCFA on serait autour de 900 milliards de FCFA pour la mise en œuvre d’un tel projet. Les apports de l’exploitation de ce projet sur 30 ans, c’était les estimations qui était faite devait être de l’ordre de 900 millions de dollars pour le Cameroun et pour le Tchad de l’ordre de 8, 5 milliards de dollars américain.
Quels sont les retombées de cet oléoduc sur le plan social
Sur le plan social, j’ai pu retenir trois retombées. D’abord la compensation des populations et communautés riveraines du pipeline. Donc, le pipeline qui a traversé une bonne cinquantaine de villages a fait des dégâts ou à tout moment a bousculé l’équilibre agro-écologique ou la biodiversité qui était en place. Et pour cela, le Chef de l’Etat a donc mis sur pieds le comité de pilotage et de suivi des pipelines dont le rôle était de s’assurer que Cotco qui était l’entreprise qui a reçu l’autorisation de transport, de créer et de gérer ce pipeline, ce comité avait pour rôle de suivre et de s’assurer que Cotco va donc dans le cadre de la mise en œuvre le plan de gestion environnemental (PGE) qui indique une sorte de cahier de charge pour le maître d’œuvre du projet. Le comité devait s’assurer que Cotco a procédé à la compensation des populations et communautés riveraines impactés par le passage du pipeline.
Ensuite l’atténuation des effets négatifs du pipeline sur l’environnement et la santé des populations riveraines pendant la construction en même temps que lors de l’exploitation du pipeline et enfin la maximisation de la participation des entreprises locales, la main d’œuvre locale lors de la construction et lors de l’exploitation du pipeline. Donc sur le plan social il y a eu création d’emploi, lutte contre la pauvreté, partage de revenu dans les environs des régions traversées par le pipeline.
Quelle est l’instance chargée de la surveillance du pipeline Tchad-Cameroun?
Avant que le pipeline n’entre en production en 2004, dans une telle configuration le président de la République du Cameroun avait déjà pris les devants en se disant que ce nous ouvrons aux tchadiens c’est simplement notre territoire où les 900 Km de tuyau sont enfouis et il faut donc mettre sur pieds un comité de pilotage et de suivi des pipelines. Et pour cela, le Chef de l’Etat a pris le 7 juillet 1997 le décret n°97/116 portant création d’un comité de pilotage et de suivi des pipelines.
Ce comité de pilotage que le Chef de l’Etat a mis en place procède à la surveillance administrative et au contrôle technique des activités de construction, d’exploitation d’entretien et le suivi du fonctionnement du pipeline Tchad-Cameroun. Le suivi du pipeline a permis que vous n’oubliiez pas que notre centrale de production d’énergie à Kribi fonctionne à gaz naturel. Et la SNH a un site de production là-bas qui se trouve à Bipaga, et il y a donc un gazoduc c’est-à-dire un tuyau qui a été mis en place pour transporter le gaz du site de Bipaga pour la centrale à Gaz de Kribi qui est à l’entrée de la ville dans le quartier appelé Polongoué. Le comité de pilotage se charge également du fruit environnement du gazoduc Bipaga, Polongoué qui alimente la centrale à Gaz de Kribi et ce même comité s’assure de la gestion des pollutions dus aux hydrures de carbone en actionnant le plan national de lutte contre le déversement accidentel d’hydrure de carbone. À la fin de chaque semestre ce comité produit un rapport semestriel d’activité qui sera soumis à son comité de supervision qui est l’instance technique ou l’instance de management de ce comité.
Comment remédier à cet état des choses?
La SNH a signé en 2022 une convention avec une entreprise industrielle chinoise qui s’est installée à quelques encablures de Bipaga pour pouvoir produire les carreaux. Il y a un gazoduc qui été établi de Bipaga vers le site de production de cette entreprise qui produit tout ce qui est en céramique à hauteur de 20 millions de mètre carré à l’année. Ça veut dire qu’on va produire au moins 1200 emplois, suffisamment de l’argent à redistribuer pour ce qui est de la fiscalité locale, ensuite la fiscalité centrale à Yaoundé et la lutte contre la pauvreté sera au menu, la création d’emploi décent et une lutte acharnée contre l’exode rurale va se poser et on pourrait même assister à la création de l’exode urbain. C’est-à-dire que les gens partent de la ville pour aller au village parce qu’il y a une activité lucrative qui les retient là-bas. Si vous touchez deux à trois cent mille dans cette entreprise chinoise, pourquoi vous ne resterez pas là-bas travailler plutôt que de venir vous faire tuer en ville en conduisant la moto où vous gagnez 2000 FCFA pour le patron. Vous tournez interminablement et la vie n’a pratiquement plus de sens pour vous.
Le comité de pilotage des pipelines va d’ici peu s’intéresser au suivi environnemental du gazoduc de Bipaga qui alimente depuis le 7 juin 2024 la société chinoise. 1200 emplois à compter de juillet 2024, quelques centaines de millions de TVA à payer, les centaines de millions d’impôts sur l’activité à payer sans oublier l’impôt sur le revenu. Pour les 20 ans de ce pipeline Tchad-Cameroun, pour le cas du Cameroun ça lui rapporte en moyenne entre 10 et 12 milliards tous les 4 mois. Ce qui va coûter entre 30 et 36 milliards par an. Et si on multiplie par 20, ça fait 720 milliards. Donc ce pipeline a rapporté au Cameroun entre 600 et 720 milliards sur les 20 ans. La clé de répartition est telle que quand c’est 1 au Cameroun, au Tchad il faut multiplier par 9.
Interview menée par
Diane Kenfack
