Le matériau de construction est régulièrement utilisé par les exploitants véreux pour déjouer les vigilances des policiers en charge des produits forestiers.
Face aux multiples contrôles d’agents des Eaux et forêts, les exploitants de bois ont trouvé une bouée de sauvetage auprès des transporteurs de sable. «Il y a de cela trois mois, tout mon argent allait dans les contrôles. Je ne savais quoi faire», confie Jérémy, exploitant forestier dans les coins les plus reculés de la ville de Mfou. Mais un jour, mon fils a trouvé la solution. Selon lui, le processus est simple. Il suffit de mettre les planches en dessous et le sable au-dessus.
Depuis plus de trois mois, le trafic d’arbres de Jérémy est l’abri des gardiens du patrimoine forestier. Pourtant, il a dû revoir les coûts de sa marchandise. «Je dépense doublement, parce que je dois payer le transport du sable et je dois attendre que le véhicule qui le transporte aille décharger le sable pour obtenir mes planches. De plus, je dois payer ceux qui déchargent ledit sable et je paye à nouveau ceux du dépôt. Donc une planche que je dois vendre à 2500 FCFA, je la vends à 3 500 FCFA», explique- t-il.
Ce cas est loin d’être isolé. Hervé Éyébé change le lieu de décharge. Ce dimanche 14 juillet dernier, il fait décharger sa cargaison des trois camions communément appelés «10 roues». Nous sommes à Nkolo II, une bourgade du quartier Nkoa-Abang. Dans chacun des véhicules, il y a 100 planches savamment dissimulées sous une couche de sable peu épaisse. Dans l’un, l’on trouve les planches en bois blanc. Les autres semi-remorques contiennent le bois dit dur (Moabi, Bubinga). «Je suis soulagée de voir que le bois est arrivé. Ça fait une semaine que j’essaie de le faire sortir depuis la forêt de Kamba», dit-elle. Cette marchandise est estimée à près d’un million de FCFA. Mais avant les réjouissances de l’exploitant forestier, place au payement des camions de sable. Les chauffeurs exigent la prime de risque qu’ils estiment à 20.000 FCFA pour chaque camion. «Si on arrête le camion parce qu’il transporte le bois, le propriétaire risque de me licencier. Surtout que nous avons échappé belle à Nkilzock (village situé à 5 km de Mfou) où on a failli se faire arrêter», explique Achille, un des conducteurs. Sur le coup, l’exploitant forestier se retrouve dos au mur…
Malchance
La chance n’est pas au rendez-vous pour dame Ngono ce même dimanche. Sa cargaison de bois est stoppée net par les éléments des Eaux et forêts, à l’entrée de la ville de Mfou, au lieu-dit lycée bilingue. La cargaison en partance pour une société de fabrication de meubles de luxe à Yaoundé n’est pas conforme. Les responsables européens de la structure sont obligés d’envoyer de l’argent pour obtenir leur marchandise. C’est un triomphe pour les contrôleurs. L’un d’eux dévoile la technique de détection des camions suspects: «quand l’eau ne coule pas d’un camion de sable, cela suppose qu’il y a quelque chose sous ce sable, il faut donc vérifier», prévient-il.
André Gromyko Balla
