Visage de Pékin discrètement impliqué dans la réalisation des projets d’infrastructures à forte valeur ajoutée au sein de l’espace communautaire.

Secret de Polichinelle pour les esprits avides d’avant-garde. Après avoir d’abord reculé, dans les années 1980, la participation de l’Empire du Milieu dans la construction des infrastructures routières en zone Cemac a retrouvé une dynamique soutenue au cours de la décennie suivante. Et d’après certaines déclarations officielles, l’engouement chinois pour la Cemac devrait encore se développer. Déjà, dans plusieurs pays de cet espace géographique, les routes sont autant de signes de cette présence capitale. A travers une parole prononcée ou non, Paul Biya, Denis Sassou Nguesso, Brice Clotaire Oligui Nguema, Teodoro Obiang Nguema Mbasogo, Faustin-Archange Touadera ou Mahamat Idriss Deby ont profité de la tribune du Focac pour dire le rôle joué par Pékin dans le processus d’intégration sous régionale en zone Cemac.
Exploit
En écoutant Denis Sassou Nguesso par exemple, l’on apprend que les travaux de construction de la route nationale 1 (Pointe-Noire-Brazzaville) ont été assurés par une entreprise chinoise. Pour le président congolais, «la construction de cette route qui relie la capitale et la deuxième plus grande ville du pays est un exploit auquel beaucoup de gens ne croyaient pas au départ. Cette route, reliant le port en eaux profondes de Pointe-Noire et la ville de Brazzaville sur les rives du fleuve Congo, favorise la circulation des personnes et des biens, ce qui a une importance économique, sociale et culturelle immense».
En février 2013, feu le président Idriss Déby Itno lançait les travaux de bitumage d’un réseau routier de 286 km à l’ouest de son pays. «D’un coût global de 102 milliards FCFA financés sous forme de prêt par Exim Bank de Chine, la route va de la ville-carrefour de Kélo, dans la région de Tandjilé, jusqu’à la frontière avec le Cameroun, en passant par Pala et Léré. Cette infrastructure est un est un vecteur d’intégration sous régionale», s’est félicité Mahamat Idriss Deby lors du Focac.
Aubaine
Pour le Président Touadera, le partenariat avec la Chine est du pain béni pour les Centrafricains qui vont enfin espérer le désenclavement de leur pays. «Suivant la situation géographique de la RCA qui se trouve au cœur de l’Afrique, le thème «la ceinture et la route» qui fait un lien entre la connectivité entre les États et les peuples devrait permettre la liaison des pays africains. A travers la présence des entreprises chinoises dans leur pays, les Centrafricains pourraient réaliser ce rêve». Dans le souci de désenclaver la RCA et de reconstruire les infrastructures routières détruites durant les crises militaro-politiques, l’Etat centrafricain a signé, le 5 septembre 2018 à Beijing, un mémorandum d’entente avec le géant chinois China Communication Construction Company (CCCC).
Aide précieuse
Au Gabon, on parle des projets dont l’objectif est d’accroître la connectivité de la deuxième ville du Gabon, Port-Gentil. A Beijing, Clotaire Oligui Nguema mentionne une route de 93,7 km reliant Port-Gentil à Omboué. Pour le président gabonais, le port d’Owendo, situé à 15 km au sud de Libreville, et Port-Gentil sont responsables de près de 90% du commerce international du Gabon. «Cette infrastructure construite avec l’aide précieuse de nos partenaires chinois facilite aujourd’hui les échanges commerciaux au-delà des frontières du Gabon» souligne Clotaire Oligui Nguema.
Ouverture
Présent au récent Sommet Chine-Afrique à Beijing, Teodoro Obiang Nguema Mbasogo mentionne que les compagnies chinoises ont investi des niches de l’économie équato-guinéenne. Sur le terrain, déclare le président équato-guinéen, «la route Nkue-Mongomo a été soutenue par des entreprises chinoises. A ce jour, elle fait partie des joyaux qui participent à hauteur de 70% à l’ouverture de la partie continentale de la Guinée Equatoriale vers les pays voisins».
Mora-Dabanga-Kousseri
D’une longueur de 205 kilomètres, l’axe routier ouvre sur le Nigeria et le Tchad et relie les localités de Mora, Dabanga et Kousseri dans la région de l’Extrême-Nord du Cameroun. Selon les autorités camerounaises, cet axe routier entamé par des Chinois est très stratégique dans les relations et échanges commerciaux entre le Cameroun, le Nigeria et le Tchad. Il s’agit de la principale voie de transit des marchandises provenant de l’Etat du Borno, au Nigeria, à destination de la région camerounaise de l’Extrême-Nord, et de Ndjamena, la capitale tchadienne.
Ongoung Zong Bella
Une cagnotte de 50 milliards de dollars ou 30.000 milliards de FCFA!
Voilà le montant des nouveaux financements proposés par Pékin pour le développement des infrastructures, de l’agriculture et des énergies vertes en Afrique au cours des trois prochaines années! L’annonce a surgi dans l’espace public international, au point devenir le «thème» du récent sommet Chine-Afrique. Une brève incursion dans la documentation sur le sujet permet de se rendre compte rapidement que les deux parties ont réfléchi sur les solutions que commandent les grands problèmes de l’heure. Au premier échelon, l’engagement des acteurs l’un envers l’autre est bien fort. Au dernier échelon, la poursuite des objectifs est appelée à se faire dans une grande interdépendance. Au milieu, ce qui constitue désormais le lexique de base, c’est le partenariat gagnant-gagnant. Tout pour expliquer pourquoi, au cours du sommet, la Chine a établi ou renforcé ses partenariats stratégiques avec 30 pays africains. Parmi ceux-ci, Cameroun, Congo-Brazzaville, Gabon, Guinée Equatoriale, République Centrafricaine et Tchad ont porté l’étendard de la Cemac.
Pour des analystes qui s’intéressent à la relation entre cet espace géographique et la Chine, il y a bien là la construction d’un nouvel enjeu que révèle l’impératif d’en parler. Et si l’on envoie une carte postale qui contient seulement la phrase «Discours des dirigeants des pays de la Cemac au Focac 2024», on pourrait, à un niveau plus ou moins spéculatif, signaler un corpus commun, identifiable à la fois chez Paul Biya, Denis Sassou Nguesso, Brice Clotaire Oligui Nguema, Teodoro Obiang Nguema Mbasogo, Faustin-Archange Touadera et Mahamat Idriss Deby. L’un après l’autre, ces derniers ont étalé une vision lucide sur le présent de leur engagement aux côtés de Pékin, en prenant bien soin d’éviter les ponts-aux-ânes que le sujet suscite trop souvent. En fait, l’ensemble a montré implicitement qu’il ne s’agit pas pour les pays de la Cemac de substituer telle puissance par telle autre, mais plutôt d’élargir et de diversifier leurs relations commerciales.
Jean-René Meva’a Amougou
