Centre national DDR de Mémé : un laboratoire de l’intégration africaine

Niché dans le Mayo-Sava, dans la région de l’Extrême-Nord du Cameroun, ce Centre national de désarmement, de démobilisation et de réinsertion (CNDDR) accueille des pensionnaires de divers horizons.

Dans sa dernière adresse à la nation à l’occasion du nouvel an, le Président Paul Biya n’a pas manqué de souligner les efforts déployés par le CNDDR pour favoriser le «retour à la maison» des «fils prodiges de la nation» embarqués naïvement dans des entreprises terroristes dans le NoSo et l’Extrême-Nord du Cameroun. Il n’a pas caché sa satisfaction quant à l’atteinte des objectifs assignés à cet organisme étatique: «C’est l’occasion pour moi de rappeler aux membres de ces bandes armées, que la nation leur tend toujours la main. Je les invite, une fois de plus, à saisir l’offre de paix qui leur a été faite et à déposer les armes. Des centaines de leurs camarades ont déjà rejoint les Centres de Désarmement, de Démobilisation et de Réinsertion, et ont été formés à différents métiers, afin de faciliter leur insertion sociale. Le sort de ceux qui persistent dans la criminalité est peu enviable. Ils continueront d’être traqués sans relâche et répondront inéluctablement de leurs forfaits».


A l’Extrême-Nord, les activités du CNDDR sont particulièrement marquées par une forte implication des populations locales dans le processus de réintégration d’ex-associés de Boko Haram. Le processus de réintégration met en exergue les autorités locales, les forces de défense et de sécurité, les comités de vigilance, les imams et les chefs traditionnels. Dans une interview accordée à un média local le 12 décembre dernier à Maroua, le chef de centre DDR de l’Extrême-Nord, Oumar Bichaïr, soutenait qu’à cette date»notre centre affiche 2.967 ex-combattants et associés régulièrement enregistrés dans notre base de données. Ils sont essentiellement constitués d’hommes, de femmes et d’enfants vivants dans et aux alentours du Centre». Alors que les effectifs vont crescendo, le 18 décembre 2024, le nouveau Centre DDR de Mémé a été inauguré, impulsant la vision de Paul Biya en offrant un peu plus de commodités à ses occupants.


Melting pot
Au-delà des nationalités camerounaises à qui ce programme offre des opportunités de sortie de crise, des expatriés ont également bénéficié de la prise en charge des autorités camerounaises. Des tchadiens, nigériens et nigérians victimes du terrorisme ont plusieurs fois été accueillis en territoire camerounais. Des corridors humanitaires ont été ouverts pour garantir une assistance adéquate à ces individus en détresse. «Je suis de nationalité nigériane, né à Bama dans l’Etat du Borno. Je suis ici depuis plus de 5 ans. J’ai bénéficié d’une assistance de l’Etat camerounais dès lors que j’ai pris l’engagement de quitter Boko Haram et de suivre des amis camerounais qui ont décidé de saisir la main tendue de leur président à la suite de son appel. Une fois que nous avons été récupéré par les militaires camerounais au niveau de la frontière, je n’ai pas été exclu du fait de mes origines» soutient Blama, un ex-combattant de Boko Haram. «Le Centre dans lequel nous avons vécu est un lieu de convivialité où nous recevions des informations sur l’éducation civique, sur l’amour de la patrie et le vivre-ensemble. J’y ai appris à faire de la mécanique. C’est bien ce que font les autorités camerounaises puisqu’elles nous permettent malgré le fait que la guerre n’est pas encore totalement terminée, de déposer les armes et réintégrer plus tard les communautés. Maintenant, je suis prêt à rentrer chez moi».
La création du CNDDR résulte du décret n°2018/719 du 30 novembre 2018. C’est un programme basé sur le volontariat dont le principal objectif est d’accueillir ceux qui ont pris les armes en les déposant et surtout à préparer leur réintégration dans la vie normale. Un long processus impliquant le renforcement des capacités des ex-associés à être des acteurs de socialisation et de cohésion sociale dans les communautés locales. «On ne peut pas les réintégrer et les lâcher comme ça, soutient Oumar Bichaïr. Pendant leur séjour au Centre, ils apprennent de petits métiers, ils acquièrent des formations. Il y a des mesures d’accompagnement en termes de kits d’installation qu’ils acquièrent avant de rejoindre les communautés. Ils sont formés pour être des catalyseurs de développement susceptibles d’embaucher d’autres jeunes des localités intégrées dans leurs petites entreprises».

Dr TOM

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