Ce qui transparait des déclarations des évêques sur la candidature de Paul Biya en 2025

Entre vie chère, questions sécuritaires et catastrophes humanitaires dans laquelle cogitent ses ouailles, Yaouda se jette en conjecture pour condamner, avec véhémence, la volonté affirmée des tenants du pouvoir central à vouloir à tout prix soutenir une candidature de Paul Biya aux prochaines échéances électorales. Il n’est pas aller du dos de la cuillère pour demander à ses fidèles de prendre leurs responsabilités.

Les médias camerounais sont en ébullition depuis que la sortie épistolaire de l’évêque de Yagoua, Mgr Barthelemy Yaouda Hourgo, fait jaser. La vidéo qui circule sur la toile est revisitée des milliers de fois par jour. Dans cet extrait, il dénonçe la précarité dans laquelle se trouvent les camerounais. Il est allé jusqu’à convoquer le diable parce que, estime-t-il, «on ne va pas souffrir plus que ça encore. On a déja souffert. Le pire ne viendra pas. Même le diable qu’il prenne d’abord le pouvoir au Cameroun et on verra après». Des déclarations très amères, rapidement battus en brèches par les pontes du régime et une partie de l’épiscopat favorable au régime. Ces derniers ont vite fait d’inscrire cette sortie dans la logique des affirmations intuitu personae qui n’engageait en rien la vision globale de l’Eglise. Avant Yaouda, les évêques de Ngaoundéré et Douala avaient déjà fait des déclarations sur le mal être qui règne entre les gouvernants et leurs administrés.


Les évêques précités sont des fils de Kirdis, originaires du Nord-Cameroun. Les Kirdi sont cette majorité populaire animiste qui s’est convertie au christianisme et à l’islam dans un passé recent. Il faut admettre que cette catégorie sociale est actuellement mal en point politiquement. Elle est phagocytée dans des considérations politiques absurdes soutenues par les détenteurs du pouvoir actuel. Ces considérations font croire aux camerounais que dans le Grand-Nord, seuls les musulmans sont susceptiblement aptes à présider aux destinées des institutions phares du pays. Malgré les avancées enregistrées sous le Renouveau, l’islam demeure la religion politique dans cette partie du pays. Tout jeune homme du Nord qui souhaite réussir en politique devrait se convertir à l’islam. Et les non musulmans suffoquent sous le fardeau de cette catégorisation. Comme sous le règne de l’ancien président, Ahmadou Ahidjo, la gandoura et la chechia continuent de définir le prototype type du leader politique nordiste. Plusieurs hommes d’églises d’envergure avaient d’ailleurs été signataire du mémorandum des chrétiens et animistes du Mayo-Sava en 1997 dénonçant la faible représentativité des fils de montagnes dans les hautes sphères de l’Etat.


Alors qu’Ahidjo et ses sbires soufflaient la pluie et le beau de temps dans les contrées du Nord, certaines entités sociales dont les animistes et les chrétiens du Nord étaient presque tous relégués à un statut de citoyens de seconde classe. Ils étaient purement et simplement catégorisés sous la tristement célèbre appellation de «moutons du Nord» dont plusieurs analystes politiques continuent de s’en prévaloir. Le régime de Biya semble aujourd’hui faire de plus en plus confiance aux musulmans au détriment des non musulmans qui se sont pourtant toujours battus pour lui. Surtout à une certaine époque où le départ d’Ahidjo laissait sur le carreau une élite islamo – peule désabusée.
La pauvreté et la misère sont visibles sur les visages des populations. L’accaparement des privilèges qu’offre l’Etat par une caste d’élites ne favorise pas, non plus, l’épanouissement escompté de la majorité des camerounais. L’Etat lui-même est intimidé dans sa fonction régalienne d’interventionniste assermenté par ses propres régulateurs. Seuls les fils, petits-fils, frères, beaux-frères et ceux qui ont «jetés la honte au chien» et font des salamalecs aux pontes du régime sont promus. Au regard des recentes catastrophes humanitaires dont les inondations des mois de Juillet et Aout ayant entrainé la destruction des cultures et des habitations des populations de Yagoua, les perpétuelles incursions des combattants de Boko Haram dans les villages des Monts Mandara, l’observateur assiste impuissant au délabrement sociétal de cette communauté. Des jeunes diplomés d’universités à qui ont oblige l’agriculture sur des terres rocailleuses fuient leurs villages et deviennent de vendeurs à la sauvette dans les artères des grosses agglomérations. Dans le canton de Ouldémé, commune de Tokombéré, département du Mayo-Sava à l’Extrême-Nord du Cameroun, où est né l’évêque de Yagoua, les populations croulent sous le poids de la misére. Yaouda semble être l’élite la plus importance de ce village.


Il faut admettre que les religieux, en tant que pasteurs et autorités morales, ont le devoir de se prononcer pour la construction d’une société juste. Et d’ailleurs les évêques du Cameroun ont à plusieurs reprises déja exprimé leurs préoccupations concernant les conditions de vie des populations. Ils se sont parfois prononcés quant à la montée de l’insécurité dans les régions de l’Extrême-Nord et dans le NoSo en raison des conflits armés et de la criminalité. Ils ont attiré l’attention des gouvernants sur les difficultés économiques auxquelles étaient confrontés les camerounais, estimant que le chômage et la vie chère devenaient une gangrène sociale.


La sortie de l’évêque de Yagoua ne doit pas être inscrite, comme beaucoup le suppose, dans la léthargie des dérapages verbaux que d’aucuns s’évertuent à lui attribuer. Il faudra tout simplement se poser les bonnes questions. Ce discours peut aussi être considéré comme un seau d’eau versé pour réveiller certains administrateurs indifferents aux souffrances de leurs compatriotes.

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