Remonté de voir leurs voisins interpellés par les forces de l’ordre, certains commissaires de police se lancent dans ce qu’ils appellent campagne d’établissement des CNI. Immersion dans l’arrondissement de Mfou.

l est 7h lorsqu’une grosse berline aux vitres fumées s’arrête au lieu-dit ancien stade Meyo. A cet endroit, de nombreux parents regardent leurs enfants embarquer dans des autocars pour l’école. Un commissaire divisionnaire, habitant du quartier, descend de la berline. Il est porteur d’une bonne nouvelle. « Je vous informe que vous devez vous faire établir les cartes nationales d’identité. Je vous demande de vous organiser en dressant une liste où vous joignez vos actes de naissance. Je les prends dans deux jours pour établir les certificats de nationalité. Après je vous conduirai moi-même dans un commissariat », informe-t-il. « Très bonne nouvelle », lance Thierry. Il dit avoir déjà dépensé plus de 50.000 FCFA en 2024, pour négocier soit des libérations dans les gendarmeries, soit dans des postes de contrôle lors des voyages. « Voilà une opportunité en or qui se présente ». Dans les secondes qui suivent, il appelle sa mère afin d’amener son fils à se faire établir une CNI. Quarante minutes suffiront pour que la nouvelle se répande. Joël, qui tient la liste, se retrouve avec une trentaine de noms. Dans cette liste, l’on a deux catégories d’aspirants : les moins nombreux n’ayant pas de CNI, soit quatre personnes ; les plus nombreux dont les cartes ne sont pas jamais sorties. Pierre est de cette dernière catégorie. « Depuis 2012, ma carte sollicitée dans un commissariat à Mfou n’est jamais sortie. Je ne compte plus le nombre de prorogations que j’ai eues ». Son épouse Marthe est dans la même situation. « L’implication du commissaire va à coup sûr faciliter l’obtention du sésame. Surtout qu’il ne demande pas d’argent. Pour Béranger, c’est une nouvelle qui égaie sa journée. « Je serai enfin un citoyen camerounais », ironise ce technicien en bâtiment.
Coup de gueule
C’est au cours de l’assemblée générale d’un 2-0 à Mendong II sur la route de Mfou qu’un mécène (le président d’honneur de cette association sportive) s’est engagé à financer l’obtention du précieux document. Il est parti du constat que sept adhérents du « 2-0 », majoritairement autochtones, ne possédaient pas de CNI. « Il n’est pas normal qu’un Camerounais, de surcroît membre de notre mouvement, ne possède pas de CNI. Il ne faut jamais m’appeler pour me dire que j’ai été arrêté pour défaut de CNI. Je m’engage à donner 10.000 FCFA par personne pour l’établissement des Cartes nationales d’identité (CNI) », déclare le haut commis d’État. Il est remonté contre ce qu’il qualifie d’irresponsabilité : « au 21e siècle, les originaires de la capitale n’ont pas de CNI. Vous montrez quel exemple au reste du pays ? Réveillez-vous les gars !».
André Gromyko Balla
