Ils étaient nombreux à Kazan le 24 octobre dernier. Dans cette ville russe, les pays des BRICS y étaient pour «parler» aux instances de pilotage de l’économie mondiale.

En termes plus clairs, ils y étaient pour baliser le chemin vers l’année 2050», dans laquelle il était prévu que ces pays domineraient l’économie planétaire. Lors du sommet de Kazan, les BRICS ont clairement laissé entendre qu’ils n’avaient pas l’intention de remplacer quiconque, et encore moins de se substituer aux mécanismes de coordination de certaines entités comme le G20. Au contraire, ils ont décidé de se servir de tout cela pour faire avancer un agenda de développement propre à eux. L’on comprend alors que, sur le plan des objectifs de coopération, les BRICS veulent créer une nouvelle plateforme de coopération Sud-Sud et construire un pont de coopération entre pays du Sud et du Nord. Voilà pourquoi à Kazan, ils ont insisté sur le caractère graduel de la coopération, préférant le pragmatisme, la transparence et l’entraide. S’inspirant de l’esprit de Bandung, les BRICS entendent lutter contre un ordre mondial unipolaire, celui qui semblait s’être mis en place lors de l’effondrement de l’ex-Union soviétique, ou bien celui d’un monde sous la domination de l’Occident, les États-Unis en tête; une domination, en premier, lieu économique.
Comme on peut le deviner, les BRICS insistent plus que jamais sur le développement du partenariat, et sur l’égalité. Ils sont favorables à la création d’une atmosphère de coopération entre pays développés et en développement, mais laissent les pays choisir la voie de développement qui leur convient. En filigrane, le message est clair: la gouvernance mondiale ne se trouve pas exclusivement entre les mains des pays industrialisés. C’est la raison pour laquelle les BRICS ont décidé de créer, à l’initiative de l’Inde, la Banque de Développement des BRICS, maintenant appelée Nouvelle Banque de Développement (NDB), qui représente une sorte de Banque mondiale au service des pays émergents, dont les BRICS se veulent les porte-paroles.
Le projet des BRICS prend dès lors une dimension tout autre: il n’est pas seulement d’ordre économique, ni même politique, mais également culturel, voire sociétal. Sommet après sommet des BRICS, cet élargissement de la perspective est sans cesse plus marqué. C’est également ce qui fait des BRICS la cible de nombreuses critiques. Il est en effet facile de faire apparaître les obstacles qu’aurait à affronter un tel projet, que d’aucuns considèrent comme insurmontables. Tout d’abord, même sur le plan économique, les difficultés sont de taille: comment des pays aussi divers que le Brésil, la Russie, l’Inde, la Chine et l’Afrique du Sud pourraient-ils s’entendre sur ce terrain-là ne serait-ce qu’entre eux, alors que leurs intérêts propres sont si divergents? À supposer qu’ils puissent y arriver, ce qui est loin d’être assuré, comment pourraient-ils prendre la tête des autres pays émergents, dont les intérêts peuvent également diverger?
C’est à leur extrême hétérogénéité que les BRICS doivent d’être aujourd’hui si peu considérés comme un ensemble cohérent ayant la moindre chance de peser sur l’avenir du monde. Poser la question des BRICS, c’est en définitive poser la question de la diversité politique et culturelle à l’heure de la mondialisation présente et à venir, où les sources d’incommunication sont d’autant plus nombreuses que le nombre d’acteurs se multiplie en raison de la montée en puissance de nouveaux pays émergents.
Bobo Ousmanou
