La dynamique en marche. Sortir de l’ombre et exploiter tous les leviers nationaux et internationaux pour développer ce peuple. Tel est l’objectif affiché au terme de la sixième édition du festival Mbog Liaa.

Le peuple Bassa-Mpoo-Bati est résolument tourné vers l’avenir. Rassemblés à Pouma dans la Sanaga maritime du 22 au 30 novembre 2024, populations, élites, chefs traditionnels et guides spirituels ont défini des approches pour redorer le blason de ce grand groupe ethnique. C’est au travers des conférences et ateliers organisés dans le cadre du festival Mbog Liaa 2024 que le fil d’ariane est fixé. Car pour les ressortissants du peuple, il est question premièrement de pérenniser et de promouvoir les langues Bassa, Bakoko et Bati. « Aucune civilisation au monde a réussi à conquérir le reste du monde et elle-même avec la langue d’autrui. Sinon, laquelle », pouvait alors questionner le Pr Emmanuel Pondi, responsable scientifique du Mbog Liaa. Sur cette question de revitalisation des langues Bassa, Bakoko et Bati, un accent est mis sur la pédagogie à privilégier pour cette cause. Là-dessus, résolution est prise de procéder à la « création d’une académie de transmission de la langue Bassa» annonce-t-il, se pliant à un exercice de présentation du rapport des travaux.
Se saisir des opportunités qu’offre la décentralisation pour développer l’aire Mbog liaa. La problématique a également retenu l’attention des ressortissants Bassa-Mpoo-Bati ? Notamment sur le point du financement des projets communaux et de la participation de l’ensemble des populations à ce système d’administration. Cette vision s’adosse à un changement des rapports que devront pour l’avenir entretenir les ressortissants avec leurs villages et culture. « Tout fils Bassa-Bati-Mpoo digne de ce nom se doit d’effectuer un retour aux sources. Car l’on ne peut être mieux servi que par soi-même. Contrairement à ce que pensent beaucoup d’Africains, il n’est pas bien vu dans le monde que les gens travestissent leur propre culture, essaient d’imiter les autres de manière très gauche et maladroite et attendent que ces autres les admirent pour leur maladresse dans leur façon de les imiter. C’est bien mieux de retourner dans son fondement personnel spirituel et philosophique. Là où on a des bases solides, où on peut apporter au monde la singularité de sa diversité », soutient le Pr Emmanuel Pondi.
Personne n’est laissé de côté dans cette dynamique en marche. Des chefferies traditionnelles, en passant par les responsables des collectivités décentralisées et les ressortissants localisés sous d’autres cieux jusqu’aux basses classes de la société Bassa-Mpoo-Bati, les esprits se tournent vers le rayonnement de la communauté, le développement des terroirs et la valorisation des ressources humaines disponibles. « Ne nous enfermons pas dans les schémas habituels de dire mon enfant est allé déposer sa demande dans tel ministère et nous attendons sa réponse. Si vous avez des enfants talentueux, au lieu d’aller déposer les dossiers pour eux dans tel ou tel ministère, préparez les enfants dès l’âge de 5 ou 6 ans aujourd’hui pour qu’il tienne le profil qu’il faut dans l’avenir », entend-on. Des documents stratégiques pour le développement de l’aire Mbog Liaa sont dans la foulée envisagés.
Tout en fraternité
La fraternité et l’union sont à la base des velléités de développement exprimées tout au long des neufs jours du festival. Au sens du comité scientifique, cela passera par la famille, socle de la société Bassa –Mpoo-Bati. Celle-là qui constitue l’unité où se transmettent les valeurs ancestrales. Il est de ce fait convenu de faire du 23 novembre de chaque année la Journée des familles Mbog Liaa, et maintenir les liens entre toutes les familles via une plateforme dédiée.
Louise Nsana
