Une campagne de presse très dure a été menée, peu avant la session du baccalauréat de l’enseignement secondaire général (BESG) de mai 2024 au Cameroun. Globalement, les attaques journalistiques se sont déployées pour jeter le doute sur la confidentialité des épreuves de littérature série A4 et celle d’informatique séries C et D, quelques heures avant le début de l’examen à travers le territoire national. Accélérés par les nouvelles technologies, la vitesse et le volume de cette information avaient déjà préparé le terrain à un bac «mention peu honorable, avec dénigrement du jury présidé par l’opinion publique». Ce qui revient, faut-il le rappeler, à lui refuser d’emblée toute dignité intellectuelle!
C’est pourtant cette même presse qui, au moment des résultats le 19 juillet 2024, s’étonne du mauvais cru du BESG session de cette année. Taux de réussite: 27,55% seulement. Le chiffre ne donne pas du bonheur. Selon de nombreux analystes, statistiquement, il est l’un des plus faible (après 24,25% en 1992; 13,39% en 1994; 13,78% en 1995; 26,96% en 1996 et 21,73% en 2002) enregistrés au Cameroun. En tant qu’indicateur synthétique des performances des candidats, ce taux de réussite convoque un autre débat: celui relatif aux méthodes d’évaluation pratiquées par les enseignants. Elles sont tenues pour scandaleuses lorsqu’elles sont trop exigeantes, mais elles sont tacitement reconnues lorsqu’elles semblent plus généreuses.
Cette année, comme à chaque fois, les situations sont bien croquées et font sourire. En vrac, les recalés disent avoir été consternés par les mots maléfiques des épouvantables sujets dont ils n’avaient qu’une idée très approximative. Parents et enseignants s’attardent sur les ratés de la politique éducative, notamment sur la précarisation des seigneurs de la craie. Parmi tous, il y en a qui grommellent des imprécations sur l’Office du baccalauréat du Cameroun (OBC). L’on devine alors que ce dernier soit particulièrement ulcéré par les campagnes de dénigrement qui s’attaquent à ce qui relève de sa compétence, et se montre ainsi très hostile à l’égard de ceux qui la discréditent soit pour se réjouir des résultats obtenus, soit pour dénoncer un supposé laxisme. Hier comme aujourd’hui, ce sont les mêmes marronniers. Le moins que l’on puisse dire, c’est que chaque session du bac au Cameroun, sans être une machine à angoisse, fait surtout le lit d’une actualité difficile nourrie par des polémiques pédantesques. Et pourquoi?
Première réponse: pour beaucoup d’élèves et de parents, le bac représente la fin de l’histoire en termes d’efficacité matérielle et de confort psychologique. C’est alors, comme on dit, là où on descend du train de la contrainte. Rester dans ledit train rend très amer. On comprend, dès lors, que la tentation soit grande de requalifier la situation de façon à limiter sa part de responsabilité. La voie la plus courante est d’imputer ses déboires à une «adversité» implacable, quasi cosmique: «le monde est mal fait», «le monde est injuste». La stratégie est de transformer l’échec au bac en défaite imméritée, c’est-à-dire de l’imputer à la malveillance d’un adversaire inventé pour la circonstance.
Deuxième réponse: Le bac est d’abord un «monstre administratif» par le coût de son organisation. Centaines de milliers d’élèves; millions de copies; épreuves; corrections; risques de fuites… Il faut bien gérer tout la chaîne. Et puis, il faut s’assurer que le bac qu’obtient un candidat n’est pas de la fausse monnaie. Il doit correspondre effectivement au niveau du postulant.
Jean-René Meva’a Amougou
