Nom de l’auteur/autrice :Viviane TCHIAZE

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Régionales 2025 : Un scrutin pour rebattre les cartes du pouvoir local

Deux conceptions de la décentralisation s’opposent et dessinent deux trajectoires possibles pour l’avenir institutionnel du Cameroun. Entre ambitions locales et contrôle central, le pays vit un tournant décisif de sa gouvernance. Deux visions qui s’affrontent À ce moment crucial du scrutin, le débat national se cristallise autour d’un dilemme : quelle décentralisation pour demain ? Deux modèles s’opposent frontalement. D’un côté, la version institutionnelle, portée par l’État : une décentralisation progressive, encadrée, où le pouvoir central conserve la main sur l’essentiel des décisions. De l’autre, la vision revendiquée par les acteurs locaux, qui voient dans les régions l’opportunité de bâtir de véritables centres de décision autonomes, capables d’orienter le développement territorial selon les besoins du terrain. Pour le politologue Dr Waldé Enoc, l’enjeu est historique : « le résultat de ce scrutin déterminera si le Cameroun s’oriente vers une véritable régionalisation ou vers une simple déconcentration administrative renforcée ». Les coulisses d’une bataille d’influence Loin du regard du grand public, les tractations s’intensifient. Rivalités anciennes et stratégies territoriales : la campagne se joue autant dans les réunions discrètes que dans les discours officiels. Car les futurs exécutifs régionaux seront des espaces de pouvoir déterminants : contrôle des projets publics, arbitrage des ressources, influence sur les priorités d’aménagement et capacité à peser dans la relation avec le gouvernement central. Tous les acteurs le savent : ceux qui contrôleront les régions contrôleront une partie de l’avenir territorial du pays. Un moment charnière pour la gouvernance nationale Depuis la Constitution de 1996, jamais une élection régionale n’a porté autant d’espoirs, ni autant d’incertitudes. Longtemps retardée, parfois vidée de sa substance, la décentralisation revient aujourd’hui au centre du jeu politique. Dans les zones rurales comme dans les centres urbains, les attentes sont fortes. A Moundouvaya, un village de l’Extrême-Nord, une jeune étudiante résume l’état d’esprit général :« on ne sait pas ce que les régions vont changer. Mais on espère que ça va améliorer notre vie. C’est tout ».Ce scrutin apparaît ainsi comme un test de confiance nationale : confiance envers les nouvelles institutions, confiance envers la capacité de l’État à partager le pouvoir, et confiance envers les élus locaux pour transformer le quotidien. Un vote décisif pour l’avenir territorial Entre espoir, scepticisme et bataille silencieuse pour le contrôle du territoire, les élections régionales de ce dimanche dépassent le simple cadre électoral. Elles cristallisent un enjeu fondamental : la manière dont le Cameroun veut organiser son espace, son pouvoir et son développement. Une chose est sûre : la page qui s’ouvrira après ce vote pourrait redéfinir durablement la dynamique de gouvernance locale ou consacrer, une fois de plus, la primauté du pouvoir central. Tom.

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Un scrutin essentiel mais…entre promesses de décentralisation et batailles d’influence

Alors que les élus locaux procèdent à l’élection des conseillers régionaux, une tension sourde traverse le pays. Officiellement, ce scrutin ambitionne d’accélérer une décentralisation promise depuis près de trente ans. Mais derrière l’apparente normalité institutionnelle, se jouent des enjeux autrement plus complexes : redistribution du pouvoir, rapports de force territoriaux, autonomie économique des régions, et contrôle politique du territoire. Une élection stratégique mais peu visible Ce dimanche, les conseillers municipaux et chefs traditionnels, corps électoral de ce scrutin, désignent les prochains conseillers régionaux. Un vote que le gouvernement présente comme « un pas décisif vers la décentralisation », mais qui peine à mobiliser l’opinion. Pour Dr. Pierre Mba, analyste politique, cette discrétion n’est pas anodine : « les élections régionales sont essentielles pour l’avenir du pays, mais elles restent volontairement peu médiatisées. Leur importance politique dépasse largement leur visibilité publique ». Sur le terrain, le RDPC mise sur sa force territoriale pour verrouiller la majorité des exécutifs régionaux. L’opposition, elle, est presqu’absente. Et pourtant, une décentralisation sans contre-pouvoirs serait une coquille vide.Les élites traditionnelles et économiques s’activent également. Les chefferies et les maires, conscients du rôle que joueront les régions dans la distribution des ressources, cherchent à consolider leur influence. Le rôle central mais méconnu des futurs conseillers régionaux Les conseillers régionaux, encore invisibles aux yeux du grand public, seront pourtant les futurs architectes du développement territorial. Leur mandat couvrira des missions cruciales dont la planification de l’aménagement du territoire ; l’orientation des investissements régionaux ; la supervision des compétences transférées, la coordination des politiques locales ; et l’arbitrage des tensions entre communes, élites administratives et populations.Mais leur efficacité dépendra d’un point : la réalité du transfert des moyens. Mme Grâce Abessolo, experte en gouvernance locale, prévient :« sans ressources financières conséquentes, les régions ne pourront pas exercer leurs compétences. On risque de créer des institutions décoratives, sans pouvoir réel ». Transferts de compétences : entre promesses et frustrations Sur le papier, l’État a commencé à transférer certaines compétences (éducation de base, santé primaire, gestion de certaines infrastructures). Dans les faits, l’on dénonce un transfert incomplet ou mal financé. À Yaoundé, le discours reste optimiste. Mais dans les régions, le ton change. À Garoua, Senna Abdoul, un élu local confie :« on nous transfère des charges sans transférer les budgets. C’est une décentralisation à contraintes, pas une décentralisation de développement ». Un sentiment partagé par de nombreux élus. Le Dr. Arouna Issa, expert en finances publiques, résume : « tant que la fiscalité locale restera sous contrôle central, les régions n’auront qu’une autonomie administrative. Or la décentralisation est d’abord une affaire d’argent ». Réduire les fractures régionales Le Cameroun demeure marqué par d’importants déséquilibres entre les zones urbaines et rurales, entre les régions littorales et septentrionales, entre les zones forestières et sahéliennes. Les nouvelles régions seront-elles capables de corriger ces inégalités ? Pour Hélène Kouam, urbaniste et observatrice nationale, la réponse dépendra de leur liberté d’action :« les régions peuvent devenir de véritables moteurs de cohésion territoriale, mais seulement si elles disposent de marges d’innovation et de financement ». Les défis sont immenses : enclavement des zones rurales ; accès inégal aux services publics ; urbanisation mal maîtrisée ; conflits fonciers ; pressions climatiques dans le Nord ; et migrations internes croissantes. À Tcholliré, un jeune éleveur résume les attentes locales :« nous, on veut juste des routes, des écoles, des vétérinaires, de l’eau. Si les régions peuvent faire ça, alors oui, c’est une bonne chose ». Une société civile vigilante, mais dubitative Les organisations citoyennes suivent le processus avec attention. Pour certaines plateformes citoyennes : « cette élection est une opportunité historique, mais elle risque d’être confisquée par les élites politiques. Et pourtant, les populations doivent sentir qu’il s’agit d’un changement concret, pas d’une formalité administrative ». Plusieurs ONG déplorent également l’absence de communication publique et la faible information mise à disposition des citoyens. Tom.

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Prêter serment sur un livre « saint » ne garantit ni la sincérité ni la crédibilité d’un intervenant

Lors de l’édition du 27 novembre 2025 de « La Quotidienne Info » sur NCI (Nouvelle chaîne ivoirienne), Monsieur Demba Traoré est apparu sur le plateau avec un Coran à la main. L’animateur, Ali Diarrassouba, a qualifié la scène « d’inédite », soulignant qu’un tel geste ne s’était encore jamais produit dans un débat politique diffusé sur une chaîne publique ivoirienne. Certains observateurs se sont demandé si un symbole religieux avait sa place dans un espace audiovisuel public, conçu pour représenter l’ensemble des citoyens, quelles que soient leurs croyances. D’autres ont rappelé que la recherche de la vérité et la défense d’une position politique ne nécessitaient pas l’usage d’un livre « saint ». Selon ces points de vue, la force d’un argument devrait reposer sur les faits et la cohérence du discours, plutôt que sur l’invocation d’un symbole religieux destiné à renforcer la crédibilité d’un intervenant. Enfin, certains analystes estiment que les tensions liées au débat sur le désarmement des rebelles avant l’élection présidentielle constituent le cœur du débat, indépendamment de la portée symbolique du Coran brandi sur le plateau. Les serments religieux dans la vie politique ouest-africaine Ces dernières années, plusieurs dirigeants ont prêté serment sur des textes sacrés, souvent dans des contextes de transition ou de crise. Dans de nombreux cas, ces engagements n’ont pas été suivis d’effets concrets.C’est le cas en Guinée, avec Mamady Doumbouya, arrivé au pouvoir par un coup d’État. Il avait publiquement juré sur le Coran de ne pas se porter candidat à la future élection présidentielle. Pourtant, à l’approche du scrutin, il est devenu l’une des figures majeures de la compétition politique, ce qui a relancé le débat sur la valeur réelle de tels serments.Au Mali, Assimi Goïta avait juré sur le Coran de conduire une transition courte avant de restituer le pouvoir aux civils. Les évolutions ultérieures de la transition ont montré que ce serment n’avait pas suffi à garantir le respect strict du calendrier initial. En Côte d’Ivoire, à en croire Soro Guillaume, Alassane Ouattara avait prêté serment sur le Coran pour lui transmettre le pouvoir à l’issue de son mandat. Non seulement le serment ne fut pas respecté mais où Soro se trouve-t-il aujourd’hui? Ne mène-t-il pas une vie d’errance? N’est-il pas devenu persona non grata dans un pays à la tête duquel il a contribué à porter Ouattara?Certains mouvements extrémistes ont, eux aussi, eu recours à des serments religieux, parfois avant de commettre des actes violents. Tous ces exemples montrent que le fait de prêter serment sur un livre saint ne garantit ni la sincérité ni la fidélité à un engagement. Dans ce contexte, certains observateurs ivoiriens pensent que le débat actuel devrait davantage se concentrer sur des enjeux institutionnels: la gestion du désarmement, les responsabilités dans la sécurisation des élections, et les décisions politiques prises à cette période. Selon eux, l’utilisation d’un symbole religieux détournerait l’attention des questions essentielles, notamment:– la place du désarmement dans le processus électoral,– les avantages accordés ou refusés à certains acteurs armés,– les réactions suscitées par ceux qui demandaient l’application stricte des mesures de sécurité.Le 24 novembre, Charles Blé Goudé a jeté un gros pavé dans la mare en révélant, entre autres choses, que, convoqué chez Nady Bamba en 2009, il fut sommé de présenter des excuses à Guillaume Soro pour avoir réclamé le désarmement des rebelles avant l’élection présidentielle de 2010. Laurent Gbagbo, Sidiki Konaté et Méité Sindou étaient présents à cette rencontre.Même si on peut reprocher à l’ancien « général de la rue » certains choix politiques du passé, dont son message de félicitations adressé à Alassane Ouattara lors de sa pseudo-réélection, un geste qui avait surpris et parfois heurté une bonne partie de la population, il semble hasardeux de lui imputer la division du FPI, d’́affirmer qu’il a témoigné contre Simone Gbagbo dans un procès dont on n’a jamais entendu parler ou de considérer que son intervention du 24 novembre visait à salir et à déconstruire Laurent Gbagbo qui, de son propre aveu, est et demeure son mentor. Jean-Claude Djéréké

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Afrique centrale : la course aux financements durables est lancée à Yaoundé

Le 26 novembre 2025, Yaoundé a accueilli une réunion capitale pour l’avenir économique de l’Afrique centrale. Les pays de la sous-région se sont retrouvés au Starland Hôtel, sous l’égide du Bureau sous‑régional de la Commission économique des Nations Unies pour l’Afrique (CEA), à l’occasion de la Conférence régionale sur le thème : « Mobiliser le financement durable pour transformer l’Afrique centrale : capacités productives, commerce régional, économie bleue ». L’enjeu est clair : apprendre à concevoir des projets de développement bancables, capables d’attirer les ressources financières internationales et de stimuler une croissance durable.La première journée a été consacrée au renforcement des capacités des décideurs publics. Objectif affiché : permettre aux administrations de mieux comprendre les attentes des bailleurs et de structurer des projets qui répondent aux critères stricts de financement durable. Les participants ont suivi des ateliers pratiques et des sessions d’échanges sur la mobilisation de fonds pour des projets productifs, le développement du commerce régional et l’exploitation durable de l’économie bleue. La cérémonie d’ouverture, présidée par le représentant du ministre de l’Économie, de la Planification et de l’Aménagement du territoire, a insisté sur l’importance stratégique de cette initiative. « Cet atelier offre aux pays de la sous-région une occasion idoine pour approfondir leur compréhension des exigences des bailleurs et améliorer la qualité de leurs projets », a‑t‑il souligné. L’accent a été mis sur la nécessité d’aligner les projets sur les objectifs de développement durable et de favoriser une intégration économique régionale renforcée. Au-delà des formations et des échanges, la conférence vise à créer un effet d’entraînement : encourager les États membres de la CEMAC à structurer leurs projets avec rigueur, professionnalisme et vision à long terme. Dans un contexte où les financements internationaux deviennent de plus en plus exigeants, cette initiative pourrait transformer la manière dont l’Afrique centrale mobilise les ressources pour ses ambitions économiques. La sous-région se prépare donc à franchir un cap : la construction d’une nouvelle génération de projets durables et bancables, vecteurs de croissance inclusive et de résilience économique. Jean -René Meva’a Amougou

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Cemac : Améliorer l’état-civil pour libérer la circulation des citoyens

Réunis à Bangui du 24 au 28 novembre 2025, les États membres de la CEMAC ont ouvert un chantier stratégique longtemps relégué au second plan : la modernisation des systèmes d’état civil et des statistiques vitales. À travers cet atelier régional soutenu par la Banque mondiale et l’UNFPA, une évidence s’impose : sans identité légale fiable, aucune intégration sous-régionale ne peut réellement fonctionner. Dans une Afrique centrale qui ambitionne de faciliter la libre circulation des personnes et des biens, l’existence d’un état civil performant apparaît désormais comme une condition non négociable. Sans acte de naissance sécurisé, sans documents d’identité fiables, le citoyen devient invisible pour l’administration, suspect aux frontières et marginalisé dans l’espace communautaire.L’enjeu dépasse la simple production de chiffres. Il touche au droit de se déplacer, de s’installer, de travailler et de commercer librement. Un état civil défaillant, c’est une intégration qui patine, des contrôles arbitraires, des tracasseries et une défiance persistante entre États. À Bangui, experts et responsables sectoriels ont planché sur des feuilles de route concrètes pour fiabiliser l’enregistrement des naissances, des mariages et des décès, mais aussi pour rendre les systèmes interopérables entre pays. En plaçant l’état civil au cœur de l’agenda communautaire, la sous-région s’attaque à l’un des verrous silencieux de l’intégration. Donner une identité à chaque citoyen, c’est aussi ouvrir les routes de l’Afrique centrale et rendre enfin effectif le droit de circuler librement. Derrière les enjeux techniques se joue aussi une bataille de souveraineté et de confiance. Un système fiable protège les citoyens, sécurise les frontières et réduit les fraudes. À terme, il doit permettre à chaque ressortissant communautaire de voyager sans être traité comme un étranger chez lui dans l’espace commun uni. Rémy Biniou

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Cameroun, Gabon et Congo : têtes de file des exportations

Selon le dernier rapport du Comité de compétitivité, think tank du ministère camerounais de l’Économie, en 2024, la hiérarchie des exportations en Afrique centrale se resserre autour de trois pays : le Cameroun, le Congo et le Gabon. Avec 6,7 milliards de dollars de recettes, Yaoundé recule au 19ᵉ rang africain et ne pèse plus que 1,1 % du commerce extérieur du continent. Une contre-performance d’autant plus visible que Brazzaville et Libreville, mieux positionnés, confirment leur avance relative dans les volumes exportés. Le Congo, porté par la remontée des prix du pétrole et la stabilité de ses volumes, atteint la 16ᵉ place avec 1,4 % des exportations africaines. Le Gabon suit de près au 17ᵉ rang avec 1,3 %. À eux deux, ces pays rappellent le poids toujours décisif des hydrocarbures dans les équilibres commerciaux de la sous-région. Le Cameroun, pourtant plus diversifié, reste pénalisé par la faiblesse de sa transformation industrielle, la lenteur de ses chaînes logistiques et la volatilité de ses recettes hors pétrole. Ce différentiel de trajectoire a sein de la CEMAC souligne une dépendance persistante aux matières premières. Là où le Congo et le Gabon capitalisent sur des rentes pétrolières concentrées, le Cameroun supporte le coût d’une économie plus large mais moins compétitive à l’export. Le paradoxe est saisissant : la première économie en taille devient la troisième en performance commerciale.Au-delà des classements, l’enjeu est stratégique. Tant que la transformation locale restera marginale et que les infrastructures resteront un frein, le Cameroun continuera de décrocher face à ses voisins. Le Congo et le Gabon, eux, restent exposés au cycle des prix. Dans les trois cas, la souveraineté économique passe désormais par une même urgence : sortir de la dépendance brute et transformer davantage sur place. Sans ce virage productif, concurrence régionale s’intensifiera et écarts de performance risquent de se creuser. Bobo Ousmanou

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CEMAC : Brainstorming autour du budget-programme

Réunie à Malabo du 24 au 28 novembre 2025, la Commission de la CEMAC s’est engagée dans un exercice aussi discret que décisif : repenser ses outils de pilotage à l’aune de la performance. Sous la conduite du vice-président, le Dr Charles Assamba Ongodo, un atelier stratégique sur la Planification stratégique et la Gestion axée sur les résultats (GAR) marque une étape charnière dans la modernisation de la gouvernance communautaire. Derrière l’apparente technicité des termes employés, l’enjeu est éminemment politique et économique. Il s’agit, pour l’institution communautaire, de se préparer à présenter son premier budget en mode programme dès 2027. Une révolution culturelle dans un espace où la gestion par les moyens a longtemps pris le pas sur la gestion par les résultats. Avec le futur Plan stratégique 2026–2030, la Commission veut désormais aligner ses ressources sur des objectifs clairs, mesurables et orientés vers l’impact. Encadrés par les experts du cabinet Star Group Consulting, les participants travaillent à l’appropriation des outils structurants de la GAR : cadre logique, indicateurs SMART, chaînes de résultats. L’ambition affichée est de bâtir une vision partagée de la CEMAC à l’horizon 2030, tout en définissant des axes stratégiques réalistes, capables de répondre aux défis persistants de l’intégration régionale. Au-delà de l’apprentissage, l’atelier se veut résolument productif. Les travaux doivent aboutir à une première ébauche des orientations stratégiques, ainsi qu’à une feuille de route opérationnelle pour finaliser le plan entre janvier et juin 2026. Cette démarche traduit la volonté de sortir des réformes de façade pour entrer dans une logique de transformation progressive mais structurée. En filigrane, c’est la crédibilité même de la CEMAC auprès de ses partenaires techniques et financiers qui se joue. Dans un contexte de rareté des ressources et de fortes attentes sociales, la capacité à démontrer l’efficacité de l’action communautaire devient un impératif. L’extension annoncée du budget-programme aux autres institutions dès 2028 achèvera de mesurer la portée de ce virage stratégique amorcé à Malabo. Pour de nombreux observateurs, ce chantier constitue un test de maturité institutionnelle. Rémy Biniou

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Les maux de l’Afrique par les mots de la littérature africaine

« Assèze l’Africaine » (Calixthe Beyala), que j’ai rencontrée à Lomé il y a trois jours, dans le bar dénommé « En attendant le vote des bêtes sauvages » (Ahmadou Kourouma), m’a raconté, avec force détails, sa chaude discussion avec « Kocumbo l’étudiant noir » (Aké Loba). Celui-ci lui avait longuement parlé des « Crapauds-brousse » (Tierno Monénembo), ces diplômés africains qui font de beaux discours sur la justice et la liberté autour d’une bouteille de vin mais qui n’ont pas le courage de prendre la rue pour protester contre la dictature. De passage à Bamako, elle voulait acheter un peu de viande chez « Le boucher de Kouta » (Massa Makan Diabaté). Un jeune lycéen surnommé « L’enfant noir » (Camara Laye) l’avait accompagnée au marché. Les affaires de ce boucher marchaient très bien. On peut dire sans risque de se tromper qu’il avait réussi. Ce n’était pas le cas de la mission du Révérend Père Supérieur Drumont, « Le pauvre Christ de Bomba » (Mongo Beti). Le boucher leur demanda s’ils avaient lu « Le devoir de violence » (Yambo Ouologuem) qui montre que tout n’était pas rose dans l’Afrique d’hier. Après avoir répondu oui, Assèze sortit de son sac à main « Les cigognes sont immortelles » (Alain Mabanckou), roman qui revient sur l’assassinat de Marien Ngouabi, le 18 mars 1977. Ceux qui ôtèrent la vie à ce digne fils d’Afrique ont tellement appauvri et clocharisé les Congolais que la vie est devenue, à Brazzaville, Pointe noire et ailleurs, semblable à celle des personnages de « La vie et demie » (Sony Labou Tansi). Assèze confia au boucher que les Africains devraient cesser d’être naïfs comme Meka dans « Le vieux Nègre et la médaille  » (Ferdinand Oyono) et que ce qui lui ferait vraiment plaisir, ce serait une visite, non pas dans « La ville où nul ne meurt » (Bernard Dadié), mais à Tombouctou où fut créée l’université Sankoré au XVe siècle. Elle ne voulait plus entendre parler de cette démocratie occidentale qui, d’après elle, est « Un piège sans fin » (Olympe Bhêly-Quenum). Elle était convaincue qu’avait commencé « Le crépuscule des temps anciens » (Nazi Boni), que point n’était besoin de posséder un « Gros plan » (Idé Oumarou) pour comprendre que les pays africains seraient pendant un bon moment encore « Sous l’orage » (Seydou Badian). Quant à moi, je me contenterai d’ajouter que je ne voterai plus « Jusqu’à nouvel avis » (Guillaume Oyono Mbia). Assèze souhaitait ardemment que nous puissions agir comme « Le jeune homme de sable » (Williams Sassine) qui se révolte contre son père en qui il voit le représentant d’un régime qui s’oppose aux légitimes aspirations du peuple.Je suis pleinement d’accord avec elle quand elle estime que chaque Africain devrait se renseigner davantage sur comment la cité était gérée dans l’Afrique traditionnelle car, n’en déplaise à l’inculte Sarkozy, les Africains non seulement étaient bien entrés dans l’Histoire mais avaient une histoire. Jean-Claude Djéréké

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Quand les peuples deviennent complices de la confiscation du pouvoir en Afrique

L’Afrique continue d’être le théâtre de scènes politiques où des présidents s’accrochent au pouvoir malgré les lois, les constitutions et les principes démocratiques. Si les projecteurs se braquent souvent sur ces dirigeants jugés « assoiffés de pouvoir », il serait malhonnête de ne pas évoquer le rôle actif – ou à tout le moins complice – que jouent certains segments de la population. Une partie du peuple, au lieu d’exiger le respect des règles démocratiques, supplie parfois les dirigeants de rester, les érige en demi-dieux, en pères de la nation éternels, comme si le destin du pays dépendait d’un seul homme. Ce phénomène, loin d’être anodin, reflète une pathologie démocratique profonde : la personnification du pouvoir et l’instrumentalisation de la voix populaire pour justifier l’injustifiable. I. Quand le peuple réclame ce qu’il devrait dénoncer Les 20 et 21 juin 2025, lors du congrès du Rassemblement des Houphouëtistes pour la Démocratie et la Paix (RHDP) en Côte d’Ivoire, Patrick Achi, ancien Premier ministre, implore le président Alassane Ouattara de se représenter à l’élection présidentielle d’octobre : “Ne nous abandonnez pas. Si vous ne voulez pas le faire pour nous, faites-le à cause de Dieu.” Cette phrase, lourde de signification, résume à elle seule le glissement opéré dans certaines sociétés africaines où l’appel au divin devient un argument politique pour justifier la transgression des règles constitutionnelles. Pourtant, Alassane Ouattara avait déjà enfreint en 2020 la Constitution qui limitait les mandats présidentiels à deux. Malgré cela, des voix se sont élevées non pour dénoncer cette violation, mais pour l’encourager à continuer, y compris parmi des enseignants d’université, censés être les garants du savoir et de l’éthique publique.La situation n’est pas isolée. Au Cameroun, en février 2025, un collectif d’universitaires et de membres de la société civile appelle à une nouvelle candidature de Paul Biya, âgé de 92 ans, au pouvoir depuis 1982. Ces appels ne sont pas faits dans l’intérêt du peuple, mais dans une logique d’allégeance, de clientélisme, de privilèges. À écouter ces discours, on croirait que, sans le président en place, le pays va s’écrouler, comme si la stabilité d’une nation tenait à la longévité d’un seul homme. II. Le mythe de l’homme providentiel: une illusion dangereuse Ce culte du chef n’est pas propre à un pays ou un régime. À travers le continent, la rengaine est toujours la même: “Président, nous te voulons encore au pouvoir, tu travailles bien, tu es le meilleur candidat.” Ces éloges, parfois creux, relèvent davantage de la flatterie intéressée que d’un véritable jugement politique. Dans certains cas, le bilan du président est médiocre: hôpitaux délabrés, écoles sans enseignants, routes impraticables, chômage endémique. Pourtant, les appels à la réélection affluent.Pourquoi donc cette contradiction ? Pourquoi les populations réclament-elles la reconduction de dirigeants qui n’ont pas véritablement amélioré leur quotidien ? La réponse est simple : l’intérêt personnel l’emporte souvent sur l’intérêt général. Les partisans de ces chefs d’État ne défendent pas toujours un projet politique ou une vision de société, mais les avantages, les postes, les marchés, les nominations qu’ils espèrent obtenir ou conserver. La loyauté se monnaye, et le silence devient complice. III. Le respect du mandat : une leçon démocratique oubliée L’une des grandes leçons de la démocratie est que “nul n’est indispensable”. L’histoire des nations prouve que les hommes passent, mais les institutions demeurent. L’exemple de Barack Obama est souvent cité à juste titre. Lorsqu’il quitte la présidence des États-Unis, il est encore jeune, populaire, et porteur d’idées. Pourtant, il choisit de respecter la Constitution qui limite les présidents à deux mandats. Il aurait pu modifier la loi ou chercher un subterfuge, mais il ne l’a pas fait, parce qu’il savait que la force d’une démocratie repose sur le respect des règles, pas sur le charisme d’un homme.Ce contraste est révélateur. Dans certains pays africains, les Constitutions sont devenues des textes malléables, modifiables à souhait pour satisfaire les ambitions d’un individu. Le peuple, au lieu de défendre ces textes comme les piliers de sa souveraineté, les foule aux pieds en soutenant ceux qui les violent. IV. Vers une nouvelle conscience citoyenne Il est temps que les peuples africains prennent conscience de leur rôle dans le maintien ou la rupture de ces cycles autoritaires. L’heure est venue de mettre fin à l’égoïsme politique. On ne soutient pas un président uniquement parce qu’il est de notre ethnie, de notre religion, ou parce qu’il nous accorde des faveurs personnelles. Il faut avoir le courage de dire non, même à celui qu’on admire, lorsque son mandat est terminé ou lorsqu’il ne respecte pas les lois du pays.La démocratie n’est pas un buffet où l’on choisit ce qui nous arrange. C’est un ensemble de principes qui s’appliquent à tous, sans exception. Si nous voulons des écoles, des hôpitaux, des routes, de la justice et de la paix, nous devons d’abord exiger le respect des institutions. Cela commence par dire non à la présidence à vie, non à la déification des dirigeants, non à la voix qui prétend parler au nom de Dieu pour maintenir un homme au pouvoir. Conclusion Les peuples africains doivent cesser de se comporter en complices de leur propre servitude. La démocratie est un combat de chaque jour, et elle commence par le courage de tenir tête aux puissants. Il faut désapprendre l’obéissance aveugle, refuser l’idolâtrie politique et remettre l’intérêt collectif au centre des priorités. Certes, « vox populi, vox Dei » mais la voix qui appelle un dictateur ou un incompétent à rester au pouvoir n’est pas la voix de Dieu. Elle est celle de la peur, de la résignation, de l’intérêt personnel. Et tant que cette voix dominera, les promesses de liberté, de progrès et de dignité resteront de vains mots sur un continent en quête de renaissance. Jean-Claude DJEREKE

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Dépendance aux produits étrangers, réglementation de change : Yvon Sana Bangui explique

Les données du problème sont pourtant connues et sont exposées par une voix autorisée, celle du gouverneur de la Banque des Etats de l’Afrique centrale (Beac), Yvon Sana Bangui. « En 2018, nos réserves s’élevaient à environ 3 000 milliards FCFA. Elles sont passées à 13 000 milliards en 2025. Parallèlement, les importations ont aussi augmenté. Nous sommes ainsi passés de 3 000 à 13 000 milliards FCFA d’importations. Cela traduit notre dépendance excessive aux produits étrangers, en particulier les produits finis. Le poste le plus pesant sur nos réserves demeure l’importation de carburant, de lubrifiants et de bitumes », déclare le Centrafricain au cours d’une prise de parole à la 3e édition de la Finance Week tenue le 17- juin 2025 à Yaoundé. Selon le gouverneur de la Banque centrale, la Cemac devrait initier un nouveau paradigme pour réduire sa dépendance aux importations. « La mise en place d’une raffinerie dans les deux ou trois prochaines années, que ce soit au Cameroun ou dans la sous-région, permettrait d’économiser près de 2 000 milliards FCFA, soit le montant annuel consacré à l’importation de produits pétroliers. Nous avons la matière première et la tendance des prix est plutôt favorable. Dans la logique d’import-substitution, nous devons transformer localement notre pétrole. Cela permettra de produire des routes à moindre coût, grâce à la production locale de bitume, de lubrifiants et même d’engrais. Nous devons aussi miser sur d’autres projets structurants. La Cemac compte 60 millions d’habitants. Si nous développons une industrie textile locale, nous pourrions réduire les importations et économiser jusqu’à 100 milliards FCFA. Il en est de même pour d’autres secteurs. Je salue d’ailleurs les efforts de certains opérateurs économiques dans la rationalisation des changes. Citons par exemple Cimencam, qui a récemment lancé sa production de clinker, ou encore Prometal, qui a étendu ses capacités de production. Ces initiatives participent à notre souveraineté économique », a expliqué Yvon Sana Bangui. Quant à l’alimentation, dit-il encore, « nous importons encore du riz. Pourtant, nous avons la capacité de produire localement. Si nous savons produire sur 100 hectares, nous pouvons le faire sur 1 000. Nous maîtrisons les techniques et les circuits. Il est temps de s’y engager. Après le riz, vient le poisson. Nos eaux regorgent de richesses halieutiques. Le développement de la pêche industrielle réduirait fortement nos importations de poisson. Des exemples sont multiples il faut juste être pragmatique ».En s’appesantissant sur le niveau d’application de la réglementation de change, le gouverneur de la Banque centrale parle d’un bilan « globalement positif ». Il y voit même « des preuves tangibles d’efficacité du dispositif ». « Il a permis une amélioration du rapatriement des recettes d’exportation et une consolidation de nos réserves de change. Actuellement, nous couvrons entre 4 et 7 mois d’importation, ce qui nous donne une marge de manœuvre face aux chocs exogènes. Grâce à la centralisation, nous assurons la stabilité monétaire et financière de la sous-région ».Face aux critiques de certains opérateurs économiques, Yvon Sana Ba ngui signale « un problème d’appropriation ». D’après lui, « beaucoup ne maîtrisent pas encore les procédures. Certains dossiers sont incomplets ou rejetés. D’autres importateurs n’apurent pas leurs opérations. Ces difficultés ne relèvent pas du dispositif lui-même, mais plutôt de son application ».Interpellé au sujet des négociations avec le secteur pétrolier, le Centrafricain regrette les blocages auxquels est confrontée la Beac depuis 5 ans. « Toutefois, nuance-t-il, avec la tenue de cette assise, nous espérons identifier les mesures à prendre. Ce que je peux vous dire clairement, c’est que la réglementation de change s’appliquera à toutes les entreprises, tous les agents économiques et à tout le secteur pétrolier, sans exception. Ongoung Zong Bella

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