La trajectoire du Français inhumé le 3 août 2024 au cimetière catholique de Mvolye à Yaoundé. Elle est écrite par l’Association des familles d’Olembe Horizon 2001 (AFOH 2002) dont l’illustre défunt était membre.
Hagards et interrogatifs, nous voici devant le corps sans vie de Daniel Jauc. Certains comme moi, l’ont vu pour la dernière fois en mars dernier lors d’une réunion de notre Association qu’il recevait ici chez lui. J’ai personnellement découvert un homme bénéficiant d’une parfaite connaissance de son milieu et des Hommes, un homme confortablement installé dans sa temporalité, un homme débordant d’idées et de propositions, un homme qui avait en obsession le sens le plus élevé de la vie de communautaire dont il s’exagérait les obligations.
Nous ne nous doutions pas alors qu’il avait commencé à exister dans une autre dimension. Nous le savions de santé délicate depuis un moment assez longtemps déjà, mais il reste que l’échéance fatidique, qui ne revêt malheureusement aucun caractère facultatif, surprend toujours. Dimanche 21 juillet 2024, tout est allé vite, très vite, trop vite. Cela ne se pouvait pas. Pourtant, cela se peut. Le voici inerte, immobile à jamais. Absent, définitivement absent, d’une absence pleine, si lourde de vide. Le voici à conjuguer la vie dans un temps qui n’existe pas en grammaire française: le vécu subjonctif.

Chant du cygne
Quand l’année 2024 commençait, il ne pouvait pas savoir, personne ne pouvait savoir qu’il n’irait pas jusqu’au bout. Ainsi s’achève une vie, ainsi s’accomplit le destin d’un homme, ainsi s’écrit l’histoire. Aujourd’hui, une page se tourne, mais nous ne pouvons faire qu’elle n’ait pas été écrite. Quand la nouvelle de son rappel au créateur est tombée, un questionnement lancinant s’est imposé dans nos esprits. Lui qui était le régulateur de la vie de sa famille, lui qui soignait leurs blessures et essayait leurs larmes, lui qui calmait leurs douleurs, comment comprendre qu’aujourd’hui se soit lui leur blessure? Comment admettre que c’est lui désormais leur douleur? En tout état de cause, c’est un isomorphisme inopérant de la théorie du leadership de penser que dans les sociétés humaines, lorsque la tête tombe, la base est désorientée, condamnée et perdue. L’observation de nombre de phénomènes atteste à suffisance du contraire. Ce serait l’unique absurdité de croire au recul de la vertu et de l’exemplarité. D’autres dans la famille prendront le relai et leur engagement tiendra le temps et les épreuves.
Vu sous cet angle, le triste évènement qui nous rassemble ici ce jour produit sa réplique didactique, la foi au moyen de la réflexion. Alors cette mort, ce clap de fin cesse d’être une malheureuse infamie pour servir de tremplin à une édification morale et peut-être intellectuelle.
Itinéraire
La vie de Daniel Jauc que la mort arrache à notre affection à 78 ans, a été ce qu’elle a été. Un étonnement parfois, une curiosité souvent, un évènement toujours. Parti de son Hérault natal à l’Est de la France après avoir servi son pays tour à tour à la gendarmerie et à la police, laissant derrière lui deux frères et deux filles, il déposera ses valises au Cameroun en l’an 2000, après une retraite anticipée. Agent de contrat local aux services des visas de l’ambassade de France à Yaoundé, il ne tardera pas à en partir pour exercer le métier de sa véritable vocation: être camerounais. Le cadrage juridique de la nationalité chez nous ne l’amènera pas toutefois à perdre sa nationalité d’origine. Il restera donc français avec pour profession d’être camerounais. Il va complètement, totalement, véritablement, sincèrement, profondément, admirablement, incroyablement et définitivement s’intégrer à son nouveau milieu. Une anecdote énonce qu’en 2016, lui et Ngon Alain, notre président, se sont retrouvés à l’aéroport Roissy Charles de Gaulle à Paris. Et c’est paradoxalement Daniel qui s’écrira «j’ai hâte de rentrer chez moi au Cameroun». Il n’est pas sans intérêt de relever que l’année même de son arrivée au Cameroun, il rencontre une sémillante camerounaise, Marie-Noëlle pour ne pas la nommer, et ce sera la grosse flamme. Deux ans plus tard, ils convolent en justes noces. De cette union vont naître deux enfants, deux garçons aujourd’hui sevrés de l’amour d’un père exceptionnel.
Daniel Jauc s’installe dans cette cité d’Olembe en 2003. Son sens du prochain, la facilité de son contact sont unanimement reconnus et salués. Homme affable, généreux, blagueur et un tantinet taquin, il était à son aise dans ce quartier qui a su lui rendre son amour. Il a été l’un des pionniers de l’association des familles d’Olembe. S’acquittant régulièrement de ses contributions statuaires, il participait à la vie de l’association par sa présence physique et son apport intellectuel.
Décomplexé
Baroudeur et bon vivant, il était complètement décomplexé, un vrai camerounais, un exemple, un citoyen du monde. Il était surtout de ceux qui savent à leur prix apprécier le cours et le sens des choses. Combien de fois dans les réunions de l’association sa parole a été prophétique? la bataille avec les riverains, l’impératif d’une tontine susceptible de favoriser des relations plus assidues, etc. Paroles lourdes, oreilles sourdes. Ces idées resteront autant de messages de pur réalisme qui sonneront longtemps dans nos consciences. Cet homme a su s’installer dans notre affection et notre amitié. C’était un homme ferme, pas fermé. Il n’avait pas la noirceur des déclinologues jamais en retard de surenchères polémiques. Il n’était pas un donneur de leçons. Il n’avait pas la fausse supériorité de certains occidentaux qui se sentent investis de la mission d’apprendre à vivre aux noirs. Il n’était pas raciste. La pureté de son caractère, son humanisme subliminal l’ont tout naturellement mis à l’abri de ces égarements, de ces loupés et de ces incartades dus à l’impéritie, à l’ingéniosité, au narcissisme et à l’imposture.
Compagnon précieux
Au total, Daniel a été un homme agréable à vivre, un ami, un confident, un compagnon précieux, un acteur social apprécié, une belle âme. À sa famille si durement éprouvée, je voudrais dire tous nos regrets, toute notre compassion, toute notre amitié, toute notre proximité et toute notre solidarité. Qu’elle soit assurée de notre mémoire et de notre soutien. À son épouse Marie-Noëlle dont le cœur, plus que nous tous, restera à jamais meurtri, je voudrais dire un vibrant et solennel merci pour sa présence combien précieuse à ses côtés jusqu’aux instants ultimes, administrant à tous l’exemple édifiant de ce qu’est une épouse et une compagne pour la vie. Marie-Noëlle, nous savons l’ampleur des épreuves vécues. Nous mesurons les sacrifices consentis. Nous saluons ton amour et ton courage. Dire oui dans l’humilité à la volonté du Seigneur, c’est la seule façon de dire non à l’effondrement. Il faut puiser, dans ces situations singulières, une incitation supplémentaire à aller de l’avant pour enrayer les logiques infernales de la vie. Daniel JEAUC, repose en paix!
Sa Majesté Charles Minkandi, porte-parole de l’Association des familles d’Olembe Horizon (AFOH) 2001
