S’appuyant sur la mémoire de ce qui a précédé, l’opinion publique camerounaise dialogue avec elle-même. Avec son âme rendue triste par l’affaire Glencore, cette opinion publique nourrit son écoute, anticipe sur ce qui va suivre. Le 10 septembre 2024, les oreilles des Camerounais seront tournées vers le Tribunal de Westminster. La juridiction londonienne va statuer sur cette orgie malsaine, hors du commun par ses proportions démesurées et ses ramifications. La perspective ainsi ouverte a, entre autres caractéristiques, d’être assise sur un horizon étriqué et élargi à la fois. C’est désormais clair: l’affaire Glencore développe encore un peu plus ce qu’il en est des grandes affaires et des secrets dont on parle depuis des décennies. Avec l’avantage qu’elle étale les aveux du géant minier anglo-saxon. Ces aveux, ce sont de précieuses informations avec des faits, des dates, ce qu’on dit sur le sujet, ce qu’on a pensé, ce qu’on ne dit plus, etc. De quoi permettre une petite compréhension du négoce du pétrole à l’échelle internationale. Le tout soutenu par des spécialistes qui lèvent le voile sur un monde souvent fantasmé, qui ouvrent des fonds d’archives méconnus et qui présentent des anecdotes inattendues jalonnant cette histoire de l’ombre.
Au Cameroun, où l’opinion publique réclame les têtes de ceux qui, entre 2011 et 2018, ont perçu près de sept milliards FCFA de Glencore, les esprits ne veulent plus s’éparpiller dans le secret. Tous ceux qui ont touché cet argent doivent être exposés au pilori des places publiques. Le peuple exprime cela de la manière suivante: fini le secret qui a longtemps prévalu dans les affaires du pétrole camerounais et voici venu le moment de la transparence. Dit simplement, il s’agit d’inaugurer enfin l’ère de l’information qui va au-delà du cercle des dirigeants. Pour le peuple camerounais, il s’agit surtout de disposer de toutes les informations possibles et imaginables sur les noms. Que les noms de ceux qui ont été de mèche avec Glencore soient dûment répertoriés, livrés à l’opinion publique en temps et en heure, avec un degré très élevé de fiabilité. Cela résonne comme un appel à se détourner des mensonges au sommet, des barbouzeries et autres affaires politico-financières qui, souvent, donnent au citoyen des raisons de douter, de croire que la vérité est ailleurs.
Sans céder au complexe du « tous coupables ou tous pourris » dans l’affaire Glencore, le peuple camerounais refuse l’information incomplète, qui peut à la fois signifier une information imparfaite, une information fausse ou une information manipulée. Oui, avec cette satanée affaire Glencore, et au-delà des légendes et des procès faits au sérail, le peuple camerounais veut en finir avec l’obligation de secret qui interdit à ceux qui disposent, en raison de leurs fonctions, d’informations confidentielles privilégiées, de les exploiter pour leur propre compte ou pour le compte d’autrui et de les communiquer à des fins autres, ou pour une actualité autre que celles aux raisons desquelles ils les détiennent. Il faut reconnaître que cette demande de transparence de la part des Camerounais est largement légitime, particulièrement en ce qui concerne les chemins empruntés par l’argent de leur pétrole!
Jean-René Meva’a Amougou
