Le pays vient de solliciter un sursis de 10 semaines pour publier son rapport 2022. A en croire des sources bien introduites, le scandale de corruption toujours en instance devant la justice anglaise en est la cause.

Exigé au plus tard en fin 2024, le rapport portant sur la conformité du Cameroun aux exigences de l’Initiative internationale pour la transparence dans les industries extractives (ITIE), n’est toujours pas prêt. Pour se donner le temps de le confectionner efficacement, le gouvernement camerounais sollicite une prorogation jusqu’au 7 mars 2025. Au parfum de cette demande, le président de la section Cameroun de l’Ong Transpareny International, Maître Henri Njoh Manga Bell, renseigne que «le ministre des Mines qui a saisi le secrétariat du Comité international de l’ITIE a parié sur le fait que le comité d’évaluation de l’ITIE allait probablement siéger après le 7 mars 2025. Et que, au moment où le conseil d’administration de l’ITIE allait siéger, le Cameroun aura déjà réussi à publier son rapport 2022».
Selon plusieurs autres sources, c’est l’affaire Glencore qui est à l’origine du «retard» du Cameroun. Le pays espère que d’ici début mars, la justice anglaise révèlera l’identité des Camerounais impliqués dans ce scandale de corruption aux tentacules inestimables. Dans un communiqué publié le 10 septembre dernier, la Société Nationale des Hydrocarbures (SNH) affirmait avoir saisi Glencore le 30 mai 2022, dès l’éclatement de cette affaire, puis le 6 juin 2023, après la condamnation de Glencore le 3 novembre 2022, pour qu’elle lui communique les noms des dirigeants de la SNH qui seraient mêlés à cette affaire. Mais Glencore avait opposé un refus à cette requête, prétextant une clause d’anonymat conclue avec le Serious Fraud Office, agence gouvernementale rattachée au procureur général, qui menait l’enquête
Avec un score de 53 points (sur 100) à la Validation de l’Initiative pour la transparence dans les industries extractives (qui évalue les progrès dans la mise en oeuvre de la norme ITIE), le Cameroun a été suspendu par le conseil d’administration de l’ITIE, selon un communiqué diffusé le 1er mars 2024. En expliquant les mobiles de cette suspension, on citait notamment la non-implication de la société civile dans la promotion de l’amélioration de la gouvernance des industries extractives et la gestion des finances publiques. L’institution internationale déplorait alors que la société civile, représentée par ITIE Cameroun ne soit pas impliquée dans les discussions sur diverses questions, telles que l’aveu de corruption de Glencore avec des représentants d’entreprises pétrolières et de raffinage nationales en 2022 ou l’utilisation par la SNH des recettes pétrolières de l’État aux fins de la sécurité nationale.
Jean-René Meva’a Amougou
