Quarante-sept ans après sa mise en service, l’espace passagers s’apprête à faire peau neuve.

Après la phase d’études et de planification en cours de finalisation, les appels d’offres seront lancés d’ici le premier trimestre 2025. Et au cours du second semestre de la même année, les travaux débuteront effectivement. Ils seront réalisés sans fermeture de l’aéroport. L’articulation des différentes phases de travaux nécessitera des aménagements temporaires dans le parcours des passagers. Bien sûr, «la réalisation d’un tel programme ne se fait pas à la légère et doit tenir compte de certaines particularités. Malgré les exigences et la complexité de l’opération, tout sera mené en site occupé, exigeant ainsi du projet qu’il permette d’assurer la continuité du fonctionnement de l’aéroport international de Douala. Alors, tout sera mis en œuvre pour minimiser les nuisances liées au chantier», explique Jacob Mbargaso, Directeur de l’aéroport de Douala
Plutôt que de démolir…
ADC (Aéroports du Cameroun, entreprise publique chargée de la gestion des espaces aéroportuaires du pays) fait le choix de la rénovation de l’aérogare avec la volonté d’améliorer l’expérience voyageurs. Jusqu’à maintenant, la satisfaction clients est affectée par la complexité des infrastructures et la dispersion des différentes fonctions dans plusieurs halls. Alors, le projet consiste à rénover l’aérogare passagers, à construire une jetée centrale avec beaucoup de commerces, à étendre la salle de livraison de bagages, la salle d’enregistrement et de faire une ségrégation dans la séparation des flux. Par ailleurs, la rénovation intègre aussi des retouches sur la façade de l’installation aéroportuaire. «Nous avons donc choisi de rénover intégralement le dispositif pour obtenir une qualité de rendu supérieure tout en impliquant moins de coûts. Car, outre la nécessité d’adapter l’aéroport international de Douala aux normes internationales, la rénovation a surtout pour but de simplifier le parcours client, surtout qu’on ambitionne de faire passer un minimum de 1, 5 millions passagers l’an, à 2,5 millions», éclaire Emmanuel Sime.
Plus concrètement…
Selon le chef du projet de rénovation de l’aérogare de l’aéroport international de Douala, pour que l’aéroport international de Douala entre désormais dans la catégorie des aéroports respectés et respectables dans le monde, il faut des standards élevés de qualité. Il s’agit alors de reconquérir les espaces publics sur la base de trois grands principes pour réorienter le parti fonctionnel et architectural de l’espace passagers. Cela suppose, explique Emmanuel Sime, «de rétablir les conditions satisfaisantes du traitement des passagers et des bagages par la banalisation des banques et l’entière automatisation du tri-bagages; recréer pour les passagers des lieux d’accueil et de circulation spacieux et confortables; simplifier et fluidifier les circuits passagers par la refonte de la signalisation dynamique comme directionnelle». Pour Emmanuel Sime, trois objectifs marquent cette rénovation: fluidité, confort et transparence: «cette réhabilitation est la promesse d’une meilleure expérience, avec un parcours plus fluide et des infrastructures modernes et agréables».
Côté commerces, l’offre proposée par ADC est totalement repensée. «Nous renouvelons l’expérience passagers: plus des deux tiers des surfaces commerciales se trouvent au niveau des salles d’embarquement, car c’est dans cet espace, une fois les formalités réalisées, que les voyageurs ont envie de se faire plaisir. Avant les contrôles, l’enjeu est de rationaliser l’offre afin d’offrir une efficacité maximale aux passagers pressés, en répondant notamment aux besoins d’achats de nécessité».
L’aéroport international de Douala a été mis en service en 1977. Doté d’une piste d’une longueur de 2,8 km et de douze postes de stationnement, il dispose d’une capacité théorique de 1,5 million de passagers et de 50.000 tonnes de fret par an, et n’est donc pas formellement saturé. Cependant, depuis sa création, l’aéroport a fait l’objet de très peu d’améliorations. Aujourd’hui, son infrastructure est vieillissante et les équipements sont vétustes et obsolètes. Surtout, l’Office International de l’Aviation Civile (OACI) a relevé d’importantes carences lors d’un audit. Une rénovation de l’aéroport est donc urgente car les chaussées aéronautiques sont dégradées, l’aérogare est sommaire et vétuste et ne permet pas un fonctionnement satisfaisant en matière de sécurité et de sûreté. En outre, l’aérogare ne dispose pas de véritable espace commercial (freeshop, restauration.) pouvant générer des recettes complémentaires.
En attendant…
«On entend beaucoup de choses de la part de gens qui n’ont pas la connaissance complète du dossier», déplore Emmanuel Sime. A l’en croire, le processus suit sereinement son cours. Pour la période 2023-2027, la société Aéroports du Cameroun s’est dotée d’un Plan stratégique de modernisation des infrastructures aéroportuaires avec pour projet central, le projet de rénovation de l’aéroport international de Douala (RAP-AID). Il est divisé en deux composantes dont, la première, concernant la réhabilitation des chaussées aéronautiques a été bouclée en 2016.
Depuis, deux appels d’offres ont été déclarés infructueux pour la composante B qui s’intéresse à la rénovation de l’aérogare passagers. Les raisons de cette infructuosité sont l’unicité des étapes de conception, d’ingénierie et de réalisation. «Aujourd’hui, c’est la visite des candidats qui vont postuler pour la maîtrise d’œuvre et l’élaboration de l’avant-projet détaillé, pour le suivi effectif des travaux», souligne Jacob Mbargaso. Pour lui, quatre groupements ont déjà été présélectionnés pour la maîtrise d’œuvre du projet de rénovation de l’aérogare passagers de l’aéroport de Douala. Les candidats étaient sur le site le 27 novembre 2024. Ils y étaient afin de voir l’existant, s’enquérir des attentes de ADC et relever les difficultés auxquelles l’entreprise ADC SA fait face. En clair, les groupements sont allés toucher du doigt les réalités sur le terrain.
Jean-René Meva’a Amougou
Ils ont dit…
Emmanuel Sime, chef du projet de rénovation de l’aérogare de l’aéroport international de Douala
«Le coût du projet va être dégagé après toutes les études»
«Il faut le dire, la rénovation des aéroports date depuis 2016, avec la réfection des chaussées bouclée complètement en 2017. Et il est donc question de rénover l’aérogare-passagers. Malheureusement, quand nous avons lancé le mode de passation par rapport à l’aérogare-passagers, nous avons eu deux infructuosités par rapport aux montants que les soumissionnaires proposaient. Alors, avec le bailleur, nous avons défini un nouveau périmètre et on a dit tant qu’à faire, on va faire des études. Et à l’issue de celles-ci, va être dégagé le coût du projet. Et on va lancer l’appel d’offres pour les travaux. Donc, c’est un schéma classique. Et après l’étude de faisabilité, nous avons mis sur pied tous les organes de contrôle, tels que le bureau contrôle qualité, le coordonnateur CSPS,
Jacob Mbargaso, Directeur de l’aéroport international de Douala
«Nous avons la vocation de donner une nouvelle physionomie»
«Nous avons commencé dans cette phase par le recrutement d’un cabinet qui a fait l’étude de faisabilité du projet. Et jusqu’à l’élaboration de l’APS. Nous avons recruté un assistant en maîtrise d’ouvrage. Nous avons également recruté un coordonnateur de la santé et sécurité au travail; nous avons également recruté un responsale du contrôle qualité des travaux. Nous avons la vocation de donner une nouvelle physionomie à l’aéroport international de Douala»
Pierre Joseph Soppo Mondo, architecte et expert d’un bureau d’études présélectionné
«Il y a des extensions qui sont prévues»
«Ce que je peux dire, c’est que cet aéroport a été conçu suivant des normes avant-gardistes. C’est sûr que l’évolution du trafic aérien fait qu’on doit repenser les espaces et les requalifier afin qu’on s’arrime aux nouvelles normes. Mais, nous ne pouvons pas dire que cet aéroport est dans un état de délabrement. Nous avons visité le circuit passager depuis le parking jusqu’à l’avion. Et comme je le disais, il y a des extensions qui sont prévues dans ce projet pour rendre l’aérogare plus moderne. Il y a par exemple les salles d’embarquement, de groupage avant l’avion. Et il est prévu de faire un passage centralisé».
Propos recueillis par JRMA
