Le chef des initiatives sous-régionales du Bureau sous régions de la Commission économique des Nations unies pour l’Afrique centrale donne des précisions sur le projet de création d’une entité pour favoriser la diversification économique dans la sous-région, au travers de la création des chaines de valeur autour des ressources naturelles.

Les présentes assises ont débouché sur la création d’un consortium d’Etats pour la valorisation du capital naturel. Que doit-on retenir au sujet de ce projet?
Le Consortium pour la valorisation du capital naturel pour tirer le meilleur profit de cet actif de classe mondiale remonte à une décision des chefs d’Etats de la Ceeac en 2012. Donc c’est une décision politique de faire en sorte, à travers la vision des chefs d’Etats, d’aider ces économies fortement dépendantes de la fluctuation des prix des matières premières ; en faisant en sorte qu’elles puissent véritablement tenir debout. Comment ? En faisant en sorte que le capital d’exception dont disposent les Etats de la Ceeac – on parle de 300 à 500 millions d’hectares de forêt, ainsi que tout ce qui existe comme ressources hydriques, soit près de 25%des ressources hydriques du continent, et près de 60% des ressources énergétiques du continent africain. Pour citer seulement le cas de deux pays. La RDC c’est près de 70% des ressources mondiales de cobalt, qui est devenu la matière première fondamentale pour fabriquer tout ce qu’on recherche en termes de communication et de mobilité dans le monde ; sans compter ce qui se trouve dans les océans, nous avons tout ce qui peut exister comme biodiversité c’est-à-dire les plantes d’exception qui constituent la base de la pharmacie mondiale. Nous avons tout ce capital mais c’est un capital qui resté dormant et nous espérons maintenant qu’il soit transformé en capital productif. Donc ce projet est innovant dans ce sens qu’il permet aux populations d’Afrique centrale d’être propriétaire de quelque chose. Quelque chose que nous appelons consortium et qui n’est rien d’autre que de mettre en place une entreprise mondiale dont chaque citoyen – que ça soit des femmes, des agriculteurs, les artisans, tous ces acteurs qui peuvent produite quelque chose à partir de nos matières premières – puissent devenir membre d’une entreprise qu’on appelle organisation de membres. Et les actionnaires de cette organisation seront les Etats-membres de la Ceeac; mais c’est aussi la possibilité donnée à nos PME et PMI de devenir aussi membre de cette organisation. Ce que nous appelons secteur privé est constitué chez nous ici à 80% de ces PME. Nous donnons la possibilité à des entreprises de moyenne et de grande taille d’être membre. Et donc le consortium est le moyen de passer à l’action, de se mettre ensemble des moyens au niveau des pays pour créer la plus grande entreprise, la plus grande organisation jamais créée au monde. Ça peut apparaitre comme quelque chose de mystérieux, mais c’est une organisation qui va porter les ambitions de ces millions de petits producteurs que nous avons ; ces millions de femmes que nous voyons sans capitaux et qui sont aujourd’hui en panne de financement. Ce consortium va apporter des solutions pour le financement des petits entrepreneurs.
Nous allons donc nous reposer sur ce que constitue aujourd’hui la valeur de ce patrimoine vert et de ce patrimoine bleu. Nous allons commencer par mettre en place cette entreprise. Nous allons y aller par étape. La première étape ce serait de permettre aux Etats-membres de la Ceeac de se constituer en actionnaires et par la suite, nous allons voir comment les PME et les PMI ou les producteurs organisés en coopératives de devenir actionnaires. Nous ne manquons pas de ressources mais ce qui n’a pas marché jusque-là c’est de ne pas être passé à l’action. Cette action nécessite seulement qu’une décision politique soit prise au niveau des chefs d’Etats, des institutions. La première institution à faire le pas c’est la Banque des Etats de l’Afrique centrale ; donc la banque centrale doit aussi jouer sa partition en devenant membre de ce consortium, ainsi que toutes les institutions- Cobac, Cosumaf, BDEAC, et toutes celles qui font la surveillance de nos marchés – Nous aurons l’occasion à bien d’autres occasions de bien expliquer comment ce consortium sera mis en place ; comment ça va fonctionner en termes de technologie. Laquelle existe d’ailleurs aujourd’hui, la blockchain. C’est un mécanisme qui permettra d’assurer l’effectivité des actions qui seront payés ou les certificats que nous allons émettre sur le marché du crédit carbone, sur les marchés de crédit bleu ou crédit participatif.
S’il ne tenait qu’à vous de lancer ce consortium, quels seraient les meilleurs délais pour le faire?
Nous sommes ici aujourd’hui à la 3e session du Comité intergouvernemental des experts et des hauts fonctionnaires d’Afrique centrale et de l’Est. La prochaine session se tiendra en octobre 2025 0 Libreville au Gabon. Il reviendra, nous le pensons, à la CEA de lancer un processus de consultations auprès des Etats, des institutions non étatiques, des entreprises, avec l’accompagnement de certains partenaires stratégique des médias. Nous allons lancer une opération de communication pour que ce processus qui va constituer un appel pour une levée de fonds dans l’optique de l’actionnariat potentiel. Tous les acteurs seront sensibilisés pour que d’ici octobre 2025, au moment de l’émission des titres pour constituer le capital du consortium, tous ces acteurs puissent s’exprimer. Ce sera de façon concrète des émissions de titres ou d’argent, accessibles à toutes les bourses; avec 1000, 2000, 10000, 50 000 FCFA, en fonction des dispositions qui seront prises. Nous allons donner l’occasion à tous les opérateurs, non seulement du secteur formel mais du secteur informel, de pouvoir devenir actionnaires. Nous allons sommes accompagnés dans cette initiative par des cabinets qui ont déjà fait des preuves en matière d’émission actions et de levée de fonds. Le moment de levée de fonds sera annoncé et connu de tous pour qu’à l’occasion de cette date, lorsqu’il sera question de souscrire au capital de ce consortium que nous voulons constituer le plus rapidement possible, que tout le monde soit suffisamment informé pour prendre des décisions. La décision de faire cet appel à souscription au capital ne dépend pas de la CEA, elle revient à la Ceeac qui est la principale institution communautaire à diriger ce projet. Il reviendra en temps opportun au président de la Ceeac d’annoncer ce moment.
Interview menée par Louise Nsana
