Au sortir de l’atelier de Douala, le chef des initiatives du bureau sous régional de l’Uneca propose la mise en place d’institutions de contrôle de la qualité dans la sous-région Afrique centrale pour favoriser les échanges intracontinentaux, ainsi qu’avec l’Europe…
Vous avez fait une présentation sur les normes et qualités, vous faisiez savoir que le monde est dirigé à 97% par les normes et qualités. Qu’est-ce qui peut justifier que l’Afrique centrale soit à peine à 3% ?
Ce qu’il faut comprendre aujourd’hui dans l’enjeu planétaire, c’est que, dans le continent nous avons la position unique de tirer profit du fait que l’Afrique va devenir, le centre de gravité démographique. Cela veut dire que l’Afrique aura près de 1 milliard 400 millions d’habitants que je peux aussi appeler des consommateurs, des transformateurs ou des exportateurs très prochainement. Nous avons la possibilité maintenant de pouvoir définir les règles du jeu de la production, de la transformation, de la commercialisation.
Lorsque vous avez une telle position, être l’épicentre de gravité démographique, la démographie est celle qui détermine pour l’essentiel au moins la demande. Un des facteurs moteurs de la demande, c’est la population. Lorsque vous avez une population de 1 milliard 400 millions, vous n’avez plus besoin de chercher des marchés distants, des débouchés. Parce que vous devez vous préoccuper de voir comment nourrir cette population. C’est la région de l’Afrique qui sera la seule région où le facteur démographique peut être un élément déterminant à prendre en compte en termes de disposition du marché et de formation de la population productive. Dès lors que vous avez des personnes productives, vous pouvez impacter l’agriculture. Et lorsque nous avons des producteurs, agriculteurs, des jeunes entrepreneurs agricoles de nouvelle génération, ces jeunes vont résoudre la problématique du «comment rendre l’agriculture productive». Avec le fait que l’Afrique est le continent le plus vaste en termes de largeur et de longueur, c’est le seul continent doté de ce carrefour d’opportunités. Faire le bon choix pour devenir le continent doté d’une vaste population pour les former, les rendre productifs et pour qu’on puisse réaliser sur le continent une transformation du secteur agricole réussie. Dès lors que le pôle de l’agriculture sera un pôle qui va devenir une agriculture moderne, ce circuit va permettre de mettre à la disposition de l’industrie et du secteur des services, une main d’œuvre qualifiée, bien équipée avec les outils de la technologie pour que ces personnes puissent permettre aussi d’impacter et d’enclencher une dynamique qui permettra de faire en sorte que le pôle industriel dispose d’une main-d’œuvre bon marché. Il y a 15 à 20 ans, la Chine était dans cette position d’avoir la main d’œuvre la plus étendue et bien formée qu’elle pourra mettre à la disposition de son industrie. L’Afrique peut aussi avoir sa chance de devenir l’atelier du monde.
l’Afrique peut-elle compter sur sa population dans l’espoir de devenir la plaque tournante du monde dans l’avenir?
Cela ne peut se faire que si nous avons un coût de facteur main d’œuvre très bas; et donc permettre de capitaliser sur le fait que nous produisons nous-mêmes de la nourriture que nous devons consommer. Nous aurons la possibilité de transformer nos produits agricoles et de pouvoir réaliser pour notre agro-industrie un secteur agro-industriel qui est très compétitif, parce que nous aurons une main d’œuvre abondante, équipée avec les nouveaux outils de la technologie. Ça va permettre au secteur agricole, combiné avec le secteur manufacturé ou le secteur industriel, de pouvoir enclencher ce processus qui ne s’est jamais encore produit en Afrique. Nous ne pouvons pas compétir actuellement avec l’agro-industrie de la Thaïlande ou du Vietnam parce que la productivité de notre secteur agricole est très basse. Nous réalisons pour le riz par exemple une tonne à l’hectare, alors que eux ils réalisent là-bas 10 tonnes à l’hectare.
Dans le contexte actuel de la Zlecaf, quelle est la plus-value des standards et des normes?
97% du commerce mondial en biens ou en services est encadré par des normes et des standards. C’est-à-dire que lorsque vous voulez produire un bien ou un service, que vous allez sur le marché pour le vendre, vous devez respecter un certain nombre de standards et de normes. Ce qui fait que, comme nous dans le cas particulier de l’Afrique centrale n’avons pas encore mis en place une infrastructure qualité, C’est comme si vous achetez la caisse de l’ordinateur et ne mettez pas les logiciels dessus. L’infrastructure qualité ce sont les laboratoires, les références où il faut aller faire les essais, vérifier si ce que nous fabriquons remplit les conditions de qualité. Eux, ils ont des critères, ils disent non, si vous devez nous envoyer ici du café ou du cacao, il faut qu’il respecte les critères. Ces règles sont déjà en place là-bas. C’est-à-dire, ce sont des marchés qui sont ouverts à ceux qui sont à niveau. C’est-à-dire qui ont les mêmes standards, les mêmes normes, qui peuvent satisfaire aux exigences de consommation de leur pays.
Il y a 8 piliers de la qualité qui ne sont pas respectés par la sous-région. Quels sont ces piliers ?
Il s’agit de l’ensemble du dispositif du système de normalisation, qu’on appelle les règles Iso. C’est une organisation internationale des normes et des standards qui est basée à Genève, qui définit un cahier de charge bien précis. Vous êtes une entreprise et vous produisez du café ou du cacao, on vous demande ce que votre entreprise produit, votre processus de fabrication, votre environnement, il y a tout un ensemble de standards et de normes appliquées aux personnes qui travaillent dans votre entreprise. Ces normes ont été définies de telle sorte qu’il y a huit piliers. Il y a un pilier qui regarde tout ce qui est instrument de mesure. Un autre pilier est tout ce qui concerne le cadre réglementaire. Un autre pilier concerne les laboratoires et les agences de normalisation, le pilier de l’accréditation. Par exemple, l’Anor, est-ce qu’elle est reconnue comme une agence accréditée pour pouvoir recevoir un produit, pour être habilité à dire oui ce produit je l’ai analysé, il répond aux normes. Parmi ces 8 piliers, un des piliers est relatif à ce qu’on appelle les standards et les normes.
Il y a une organisation continentale qu’on a mise en place, qu’on appelle l’Arso (Organisation régionale des standards africains). Elle s’occupe de la partie de la qualité. Il y a sept autres domaines qui constituent aussi des aspects qu’il faut satisfaire. Pour résumer, c’est cet échafaud qui constitue l’architecture mondiale du système de la qualité. En Afrique centrale, nous avons au niveau des pays des agences comme l’Anor au Cameroun, mais au niveau régional, nous n’avons aucune agence de qualité pour le moment. Ni au niveau de la Cemac, encore moins au niveau de la CEEAC qui est habilitée à pouvoir mettre un cachet officiel. Aujourd’hui l’Afrique centrale n’a aucun laboratoire régional accrédité. Nous n’avons pas encore investi dans l’infrastructure. À certains endroits, on a des piliers partiels. On se pose la question, comment se fait-il que la Cemac n’a pas encore réussi à faire de ses piliers une priorité pour mettre en place une politique qualité pour que les produits qui sont originaires de cette zone puissent mettre avoir son cachet pour que le produit soit accepté à l’international ;
Il faut mettre en place les huit domaines pour tenir notre architecture, la maison de la qualité. C’est tout un ensemble de choses, et c’est ça que nous n’avons pas pu faire l’équivalent de l’Anor au niveau régional. La certification, c’est un domaine dans lequel aucune tricherie n’est permise parce qu’il y va de la santé des gens.
Que proposez-vous pour une mise à niveau en matière de norme en Afrique centrale ?
Il y a des régions qui ont déjà mis en place leur infrastructure qualité. En Afrique centrale, tout est rouge. On a échoué sur les huit piliers. Pour réussir dans leur mise en place, il faut se mettre au travail.
Interview réalisée par
Diane Kenfack
