2025 et ses jeux d’artifices

À la manière de celui qui ignore tout du comment se scellent les complots inavouables et les secrets d’État, je me plie au constat que, chez nous, les ragots n’ont pas perdu leurs ennemis. Rien de plus banal, me dira-t-on. Sauf que, ce dont nous parlons va plus loin et s’attaque aux ragots, par leurs formes et leurs fonds. De nos jours, au Cameroun, il suffit d’une actualité pour dégoter un «kongossa» qui embarrasse tout le monde. Chez nous, l’activité politique et l’activité sportive semblent particulièrement opportunes à ce jeu. Avec leurs paravents et leurs discrétions, voici deux univers propice aux rumeurs vraies ou fausses. Souvent comparées les unes aux autres, ces histoires relèvent d’un même genre narratif et mettent en scène des personnages bien connus et dont la célébrité génère toutes sortes de fantasmes. Le périmètre de diffusion, la portée et les sujets de ces «kongossa» n’en finissent pas de détruire des réputations et des carrières, de colporter la confusion et de donner enfin une vision tout à fait erronée de la vérité.
Dans la mesure où ces «kongossa» fonctionnent sur le ressort d’une société qui a longtemps perdu ses valeurs, ils sont d’autant plus prolifiques et robustes. Et dans ce contexte, le démenti circule beaucoup moins bien et moins vite que le «kongossa» lui-même. Toujours dans le même contexte, le démenti a un effet parfois pire que le fait d’être simplement inefficace. Le protocole de l’expérience est simple : la rapidité et l’entrain avec lesquels les «kongossa» se transmettent sont révélateurs de ce que tout et rien se disent à la fois. Une lecture plus générale de cette situation revient à faire intervenir l’idée que les «kongossa» s’articulent bien autour des intérêts.
Toutefois, la question se pose de savoir comment ils ont été repérés, en tant que « kongossa », ce qui conduit à se demander, également, qui les a repérés et recueillis. Plus encore, c’est la question de la position qu’il occupe dans l’ensemble du dispositif social, que nous posons et, corollairement, de l’effet que cela produit. Par exemple, entre les bruits et les ragots qui travaillent la politique de l’intérieur ou la visent de l’extérieur, il est aisé de montrer que l’implication des interlocuteurs, l’instabilité du récit, du fait de sa transmission par des individus impliqués, ainsi que son attribution à une source garante de la véracité du récit se font concurrence.
Au Cameroun, cela est très courant. Le statut des «kongossa» non confirmés ou démentis » change face à des autorités moins sûres de détenir la vérité et qui ne rejettent non plus d’emblée ces «kongossa» dans les ténèbres de simples rumeurs. L’observation de la scène politico-administrative renforce encore ce lieu commun. A la veille de 2025, les «kongossa» apparaissent de plus en plus dans des situations ambiguës, menaçantes ou potentiellement menaçantes, des situations où les personnes concernées ressentent le besoin de comprendre ou de se rassurer. Fondamentalement, les gens ont besoin de comprendre; ne pas comprendre est inconfortable pour certains ou pire pour d’autres. En ce sens, les «kongossa», nos «kongossa» se trouvent liée à des agendas électoraux. Autant dire qu’en cette veille de 2025, les «kongossa» deviennent polymorphes et de plus en plus nauséeux. Jean-René Meva’a Amougou

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